"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut." Ciceron

Pour une écologie spirituelle

Synthèse & résumé À propos du livre Biographie de l'auteur

« Si notre civilisation acceptait d’obéir aux grands principes que sont la non-violence, la modération et l’autodiscipline, nous éviterions bien des catastrophes écologiques et pourrions mettre fin à l’aliénation individuelle et à l’injustice sociale »

I. Terre, âme, société

Les Hindous venèrent la Trinité constituée de Brahma, le créateur, de Vishnou, le protecteur, et de Shiva le destructeur, trois dieux pour symboliser la naissance, la vie et la mort. Le Père, le Fils et le Saint Esprit condensent la vision chrétienne de l’univers, « vérité, bonté et beauté », celle des Grecs anciens. « Vie, liberté et poursuite du bonheur » sont les idéaux démocratiques de la constitution américaine. « Liberté, égalité, fraternité » est le mot d’ordre de la révolution française. Satish Kumar formule sa vision de l’écologie, de la spiritualité et de la société en « terre, âme, société ».

Nourrir la terre qui nous nourrit

La terre représente la nature et conditionne toute vie sur la planète. Tout vient d’elle et tout retourne à elle. Sans conditions et sans discrimination, elle nous traite tous d’égale manière. Malheureusement, le développement des sciences, les innovations technologiques, les orientations prises par la philosophie et la pensée économique au cours de ces 3 derniers siècles ont incité les hommes à se croire maître de la nature. L’espèce humaine est en guerre contre la nature, une guerre qui l’a conduit à vider les océans, empoisonner les sols, à mettre en cage et à maltraiter les animaux, à détruire les grandes forêts… Lorsque nous détruisons la nature, nous nous détruisons aussi. Le grand défi du XXIe siècle, et de se reconnecter avec la nature, de réapprendre à puiser dans les ressources naturelles ce qu’il nous faut pour vivre, et rien de plus.  Comme le disait Gandhi : « La nature est assez abondante pour répondre aux besoins de chacun, mais pas assez pour satisfaire l’avidité d’un seul homme. »

Nourrir l’âme

La Gita nous invite à vivre en harmonie avec la terre, et également avec nous-mêmes. L’homme doit d’abord apprendre à se connaître, puis se mettre au service d’autrui de manière désintéressée, en renonçant à son ego au profit de la conviction qui fait partie d’un tout.  En comprenant que nous sommes un microcosme dans un macrocosme, nous libérons notre propre identité de ses frontières trop étroites. Spiritualité individuelle et pérennité de la nature sont intrinsèquement liées. Nous protégerons d’autant mieux la planète que nous aurons pris soin de notre âme.

Nourrir la société

En dépit d’une politique d’industrialisation constante, les populations des pays sous-développés sont toujours en souffrance. Alors que les sommes consacrées à l’achat et à la fabrication d’armes ne cessent d’augmenter, la paix et la sécurité ne semblent pas mieux assurées.  Seul un mouvement social de grande ampleur permettrait d’instaurer la justice, l’égalité, la liberté pour le bien-être de tous. La Gita nous rappelle que nous sommes redevables à la société depuis notre naissance, car elle a veillé sur nous dès le premier instant.  La liste des bienfaits qu’elle nous a fourni s’étire à l’infini… Musique, littérature, architecture, philosophie, sciences… il était censé de sortir des limites et trois de nos intérêts personnels pour favoriser l’intérêt collectif et à œuvrer pour le bien.

Une Trinité porteuse de paix

Notre vie prendrait tout son sens si nous parvenions à la fois œuvrer pour la protection de la nature, pour l’édification du moi et pour le rétablissement de la justice sociale. Il est essentiel de faire la paix avec soi-même, avec les autres et avec la nature. Libérons-nous de nos peurs qui nous hantent et cherchons à atteindre une forme de paix intérieure : nous aurons alors accompli le premier pas vers la paix dans le monde. Nos pays industrialisés doivent surmonter cette obsession consumériste. Nous vivons confortablement et la planète nous offre amplement de quoi vivre. Le problème réside dans le partage des ressources. Nous sommes interdépendants et formons une seule et même famille.

Méditer pour guérir

La méditation, c’est la médecine de l’âme.  Mettons-nous à la place des autres et admettons que nous formons une seule et même famille, celle de l’espèce humaine.  Méditons chaque jour pendant une minute en faveur de la paix dans le monde.  Offrons-nous chaque jour un moment de calme ,de concentration au cours duquel nous pouvons méditer sur l’état de notre âme, l’état de la société et l’état de l’environnement. Il est important de vivre autant que possible chaque instant de nos journées avec la pleine conscience de nos actes et de notre existence. Nourrie et soignée, notre âme libérera sa beauté intérieure et pourra pleinement savourer la beauté du monde.

Un impératif esthétique

La beauté est la nourriture de l’âme. Elle nous est essentielle. Face à la beauté, tous nos sens sont mobilisés. Elle nourrit notre corps, notre âme et notre esprit. Vérité, beauté et bonté sont étroitement liées : pas de bonté sans beauté et pas de bonté sans vérité. Lorsque nous disons la vérité, nous devrions toujours la formuler en douceur afin de ne heurter personne. La consommation à la production de masse ont condamné la beauté à l’exil.  Ramenons la beauté.  Elle mène à l’amour, amour des objets simples et élégants, à amour pour votre maison, pour la nature et pour la vie, pour l’humanité, pour tout ce que nous aimons. Il nous faut obéir à un impératif éthique et morale.

Un impératif moral

Prendre soin de la terre de la nature de l’environnement est un impératif moral. Or l’esprit humain semble aujourd’hui absorbé l’impératif de croissance économique. Des forêts florissantes et bien entretenues peuvent produire des fruits, du papier et du bois pour l’éternité. Les terres arables pourrait produire des céréales, des légumineuses et des primeurs année après année sans faillir.. Nous pouvons exploiter l’énergie inépuisable du soleil, de la pluie et du vent sans devoir craindre de voir fondre nos réserves.  En revalorisant le travail manuel, nous ne serions jamais à court de bras. Nous traversons une véritable crise morale. L’Humanité a perdu son chemin. La solution ne peut venir que de la protection de l’environnement : elle est un impératif moral. Nous sommes responsables de l’état de la planète envers nos enfants mais surtout envers la planète elle-même.  L’espèce humaine respecter les droits des autres espèces qui forment avec qu’elle est une seule et même communauté, celle des habitants de la planète Terre.

II. Voir Le Monde dans une fleur de lotus

La première des quatre Nobles Vérités est lié à l’existence humaine. La souffrance fait partie du grand dessin de l’univers. Il faut l’accepter.  La deuxième Noble Vérité de l’existence nous invite à méditer sur l’origine de notre douleur pour pouvoir la soigner.  D’où vient notre souffrance ?  La troisième des Nobles Vérités de l’existence, c’est la pensée positive,  la confiance à avoir pour résoudre tous les conflits personnels ou interpersonnelles afin de favoriser l’harmonie et la paix sociale. Le noble sentier octuple, la dernière des quatre Nobles Vérité, rassemble 8 grandes étapes :

  1. La compréhension parfaite : se forger une vision juste de soi-même
  2. La pensée parfaite : mettre ses pensées en accord avec sa vision du monde
  3. La parole parfaite : une pensée parfaite génère une parole parfaite
  4. L’action parfaite : agir vers le chemin de l’harmonie, la joie et la sérénité
  5. Les moyens d’existence parfaits : choisir un métier permettant de vivre juste
  6. L’effort parfait : dirigé dans le bon contexte et pour le bien-être de tous
  7. L’attention parfaite : s’interroger sur les conséquences de ses actes
  8. La concentration parfaite : elle s’apparente à une forme de méditation

Ces 8 pratiques pleines de sens peuvent vous mener vers la cessation de toute souffrance.  Vous êtes seul maître de votre destin. Vous avez droit au bonheur mais c’est un droit qu’il faut mériter et que vous devez prendre en main. Ne devez compter que sur vous-même pour changer de voie.

À l’école de la terre

Un disciple de bouddha lui demanda : « Vous enseignez l’harmonie et la compassion. Mais de qui tenez-vous ce savoir ? » Bouddha désigna le sol comme étant son maître. Nul n’est aussi patient, aussi résiliant, clément, généreux que la terre. On peut la piétiner, la labourer, la creuser, elle pardonne tout. Plantez une seule graine et la terre vous en rendra 10 000 et vous nourrira en abondance. Observons là et nous apprendrons à donner sans conditions et sans rien attendre en retour. »

Mêler l’enseignement à la vie

Né dans une famille Jaïn, Satish Kumar est devenu moine à l’âge de neuf ans. Sa formation ne visait qu’un seul l’objectif : la libération de l’âme. Son maître le disait : « Si tu comprends le sens du Dharma, tu comprendras le sens de la vie. » Le sens profond du Dharma échappe à toute définition. Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut en faire l’expérience et la ressentir au plus profond de son âme.  Tuer est contraire au Dharma.  Les Jaïns s’efforcent de minimiser l’usage de la violence dans leur quotidien et d’accroître leur capacité d’empathie de jour en jour. « Arracher les mauvaises herbes de la colère de l’orgueil et cultivons, au jardin de notre conscience, les fleurs de la compassion et de la beauté. » Minimiser progressivement la violence et maximiser la compassion nous conduit vers une vie placée sous le règne de l’autodiscipline et de l’ascétisme. La consommation débridée résulte d’un appétit de possession qui mène à l’angoisse et la crainte de la perte, tout en privant autrui des ressources qui lui sont nécessaires. Il ne peut y avoir de justice sans autodiscipline : si nous refrénions nos appétits, la société serait plus juste. On s’entraînant à restreindre au maximum l’usage de la violence et à réfréner ses désirs, on apprend à nourrir son âme pour favoriser l’éclosion de ses plus belles qualités. Le soin de l’âme se traduit par de fréquentes séances de méditation, par une journée de silence absolu par semaine, par un jeune complet une fois par mois, et par des moments de solitude en pleine nature debout face aux éléments, immobile et silencieux.

La pensée s’exprime en mots,

Les mots s’expriment en actes,

Les actes se muent en habitudes,

Et les habitudes en traits de caractère.

Veillez donc avec soin sur vos pensées,

Ses expressions et ses mutations.

Puisse-t-elles jaillir d’un amour infini

Pour toutes les créatures terrestres.

Bouddha

III. Soyez le changement

Pour Gandhi il y avait nul besoin de renoncer au monde pour mener une vie religieuse. La spiritualité peut se pratiquer en tous lieux et à tout moment. Pour Gandhi, la qualité de nos actes est déterminée par la motivation qu’il sous-entend. C’est d’ailleurs cette conviction qui a inciter Satish Kumar à quitter le monastère et à rompre ses vœux de moine Jaïn.  Gandhi a créé le mouvement Sarvodaya, pour inciter les hommes à minimiser leurs besoins matériels tout en cultivant des valeurs et des projets spirituels, culturels et artistiques à fin de maximiser leur qualité de vie. Le terme Sarvodaya signifie «bien-être pour tous ».  Le Mahatma évoque l’auto discipline et la modération pour nous inviter à poser des limites à nos désir, à admettre que d’autres espèces ont également besoin d’espace, de nourriture, d’eau et de végétaux, et étant à même de vivre dans la joie, l’élégance et la sobriété.

Gandhi et Einstein partageaient des idéaux similaires. Einstein disait : « Chaque être humain est une partie de la totalité que nous appelons univers, une partie limité dans le temps et dans l’espace. Sous l’effet d’une sorte d’illusion d’optique de sa conscience, il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme d’une entité séparée du reste du monde. Cette illusion est une sorte de prison : elle restreint nos désirs à nos envies personnelles et notre affection aux quelques personnes qui nous entourent. Nous devons nous libérer de cette prison en élargissant notre capacité d’empathie à tous les êtres vivants, de manière à embrasser l’ensemble de la nature dans sa grande beauté. Nul n’est capable d’atteindre un tel accomplissement, mais le seul fait de tendre vers lui constitue une partie de notre libération et un gage de sécurité ! » Gandhi et Einstein était tous les deux convaincus que la puissance du lien qui unit entre elles toutes les formes de vie sur terre. Et le bien-être de tous (sarvodaya) constitue pour la société des hommes l’idéal à atteindre, l’auto-gouvernance (swaraj) est le meilleur moyen politique d’y parvenir. Swaraj veut dire « Régner », c’estt être à soi-même son propre souverain, mais aussi faire briller son âme et être une âme qui brille.

Gandhi s’est inspiré des cercles océaniques pour créer son modèle de société.  L’individu est placé au centre du cercle océanique : il étend constamment son rayon d’action et de pensée.  D’abord limité à sa famille, il se propage à son quartier, à son village, à sa région, à son pays et finalement au monde entier. Gandhi permet à chacun d’être au centre de son propre cosmos tout en échappant aux limites étroites de sa personne. Chacun de nous a la capacité de s’ouvrir à l’extérieur, de tendre la main à autrui.  L’individu est ainsi toujours en expansion. Le « Swaraj » est une système reposant des petites communautés, de petites villes et de petits pays. Pour Gandhi, l’Inde devait préserver son unité culturelle mais favoriser la décentralisation et la diversité politique au sein de ses nombreuses régions. Si nous sommes tous citoyens du monde, nous sommes aussi fermement enraciné au niveau local, dans notre communauté et notre foyer. La gouvernance « Swaraj consiste à faire confiance aux citoyens, à croire en leurs compétences et en leur capacité à discerner le bien et le mal. Vu la petite taille de communauté que les citoyens sont amenés à gérer, les erreurs, s’ils en font, sont forcément moins grave que celle d’un président élu pour gouverner un grand pays ou une grande multinationale. Chacun doit participer à la vie politique de sa communauté au lieu de la laisser aux mains d’autrui. Admettons le : les grands États centralisés ont échoué à résoudre la plupart des problèmes. Les États-Unis, ce pays si moderne, continue d’être confronté à des taux record de criminalité, dépression, analphabétisme, de misère et d’addiction.

Pour atteindre l’auto gouvernance, le citoyen doit s’efforcer de atteint la liberté intérieure par le biais d’un long travail et d’une transformation de lui-même car si nous ne sommes pas libre, nous ne pourrons libérer personne.  Le « Swaraj » nous invite à reprendre le contrôle pour ne plus être contrôlés.  Le mouvement « swadeshi » (autosuffisance locale et nationale) rassembla sous sa bannière l’art de vivre, l’artisanat et l’économie familiale, et contribua à refonder des communautés cohérentes, fondées sur une plus grande autosuffisance locale.  Un mouvement exactement à l’inverse de la mondialisation, qui offre un programme complet en réponse à la plupart des problèmes de notre temps : chômage, diminution des ressources naturelles, changements climatique, conflits internationaux, pauvreté, isolement, mal-être, violence, mauvaise santé…

La règle d’or : ne faites jamais ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse !

Les 7 péchés sociaux : L’argent sans effort.  Le plaisir sans conscience.  La connaissance sans âme. Le commerce sans morale.  L’action sans humanité.  La religion sans sacrifice.  La politique en principe. Gandhi

IV. Ce que j’ai appris de Tagore

Tagore, connu aussi sous le surnom de Gurudev, est un compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien.  Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1913 pour son recueil de poèmes.  Dans la lignée des grands poètes mystique,s il exaltait l’esprit humain tout en se laissant subjugué par la beauté et le mystère de la nature. Il saluait la présence du divin dans tout ce qui suscitait son admiration mais si il savait aussi se montrer militant et passionné pour des causes politiques qu’il soutenait. Il prenait fait et cause pour la nature, pour l’esprit et pour la société. Ses idéaux étaient pétri de justice et d’égalité. Comme Gandhi, il était persuadé que le pays devait mettre fin aux inégalités sociales et au système des castes pour promouvoir une véritable révolution agraire. « La paix véritable vient d’une abondance liée à la vie même, en contact direct avec la nature, une abondance qui ne doit rien à la machine, mais tout au travail humble et acharné de la terre, à notre rencontre avec les forces vives et généreuse de la vie. »  « Seuls l’amour et l’action permettent d’acquérir des connaissances parfaites, car le véritable objet du savoir n’est pas la pédanterie, mais la sagesse. »  Il s’efforce d’éveiller chez ses élèves une fraîcheur de sentiments envers la nature et une grande sensibilité dans les relations humaines, à l’aide de la littérature, de cérémonies festives, mais aussi d’enseignements spirituels qui les invitent à se rapprocher du monde vivant. 

«  L’éducation fait partie intégrante de l’aventure de la vie. Il  ne s’agit pas d’infliger aux enfants un traitement médical douloureux destiné à les guérir de leur ignorance congénitale, mais de les accompagner dans leur développement afin qu’il s’exprime tout naturellement la vitalité de leur esprit. »

V. La tête, le cœur et les mains

Autrefois, les études d’économie reposaient sur l’examen de trois facteurs de production jugés fondamental : la terre, le travail et le capital. La terre constituait la base des sciences économiques. Les étudiants apprenait à user des ressources naturelles avec parcimonie. Aujourd’hui c’est l’économie qui est au service de l’écologie et nous l’inverse. Et si l’économie mondiale était en crise, c’est parce qu’aujourd’hui l’écologie elle-même est en crise : nous épuisons les ressources naturelles, nous emplissons l’atmosphère de dioxyde de carbone et autres gaz, nous faisons suffoquer les océans de plastique. Notre civilisation se résume à trois mots : gaspillage, gaspillage, gaspillage.   La plupart des universités ont comme objectif de préparer les jeunes adultes à gagner de l’argent. Nos adolescents reconnaissent parfaitement les logos de leur marque préférée mais rares sont ceux qui savent distinguer un chêne d’un frêne, un grain de blé d’un grain d’orge, une campanule d’une primevère. Si vous n’êtes pas capable de lire l’étiquette d’un paquet de biscuits, vous serez  qualifié d’analphabète mais si vous ne savez rien des oiseaux, des arbres ou des fleurs, personne ne vous mettra au ban de la société. Emmenez les enfants au cœur d’un espace naturel préservé ! Là, ils pourront s’ouvrir au mystère, à la magie et à la majesté de la nature. C’est cette raison qui incité Satish Kumar à fonder son école, The Small School dans le Devon.  Une école où l’on crée des potagers, où l’on prend des cours de jardinage, où l’on apprend à cuisiner, à créer des objet de ses mains, à travailler le bois, l’argile, la pierre, la laine, à se comporter en société, en couple, envers la nature,… une école où l’enseignant accorde une importance égale à ce que les élèves font avec leur tête, leur cœur et leurs mains afin de développer au sein de leur classe une culture de l’entraide, de la coopération et de la solidarité.

« L’univers est entrainé dans la danse du dieu Shiva. Il n’y a pas de séparation entre la danse et le danseur. De même qu’il n’y a pas de séparation entre le créateur et sa création. Chacun de nous est à la fois un créateur et une création. La création est un cycle continu : elle n’a ni début, ni fin.  Brahman est la naissance et la mort de toute chose. La naissance et la mort permet à la vie de se régénérer constamment. Brahman est à la fois la joie et la souffrance. Tous les deux nous rend plus forts et plus résistants. »

VI. Small is still beautiful

L’économiste et philosophe britannique d’origine allemande, Ernst Freddy Schumacher, mit toute son énergie à expliquer comment les sociétés humaines devait s’y prendre pour favoriser le bien-être de leurs membres, protéger la nature et récolter le fruit d’une vie spirituelle constamment renouvelée. D’après lui, si on produisait à petite échelle partout sur la planète, il conjuguerait à la fois l’excellence et la protection de la nature.

La petitesse n’est pas seulement belle, elle est essentielle à l’économie car elle donne chaque chacun l’occasion d’être spontané, créatif, polyvalent et innovateur.   Schumacher a écrit le fameux livre, Small is Beautiful devenu un best-seller dans le monde entier.  Il fut invité à la Maison-Blanche et son livre fut considéré par le supplément littéraire du Times comme l’un des 100 livres les plus importants publié depuis la seconde guerre mondiale !

En voici les principaux arguments :

  • La plupart des grandes entreprises humaines visent à accomplir un objectif idéal. Mais dès qu’elles atteignent une certaine taille, ces entreprises s’enlisent dans la gestion de l’entreprise elle-même, en reléguant au second plan l’objectif pour lequel elles avaient été fondées. Cette question d’échelle est aussi vraie pour les institutions et le pouvoir politique. Parvenus au sommet de l’État, les grands commis ont l’obsession de garder le pouvoir.
  • Nous appartenons tous à la grande communauté des habitants de la terre. En ce sens, les frontières qui nous séparent n’ont aucune importance. Cependant, nous sommes limités par nos capacités physiques et par le temps dont nous disposons : nous ne pouvons former de véritables relations qu’avec un petit nombre de personnes au cours de notre vie. Il en va de même pour la terre : bien qu’elle soit partout notre maison le sentiment d’appartenance est plus privilégié avec l’endroit où nous vivons.
  • La présence frénétique de certaines métropoles inquiétait beaucoup Schumacher. Des millions de gens se déplacent vers la grande ville en créer un environnement saturé, pollué, aliénant, sans beauté, sans simplicité et peu de convivialité. Pour Schumacher, 500 000 habitants était la limite supérieure au-delà de laquelle entité n’est plus vivable.
  • Le mal dominant du monde moderne est le déséquilibre absolu entre la ville et la campagne. Un déséquilibre sur le plan de richesse, du pouvoir, de la culture, de l’attraction et de l’espoir. La ville s’est étendue à l’extrême et la campagne s’est atrophiée. Rétablir juste équilibre entre la vie à la ville et la vie à la campagne et peut-être la tâche la plus importante qui s’offrent à l’homme moderne. C’est une question de rendement agricole indispensable pour éviter la famine dans le monde mais aussi la possibilité de pouvoir offrir aux membres d’une communauté une éblouissante variété d’occupations.
  • La production à petite échelle va de pair avec l’économie locale tandis que la production à grande échelle entraîne la mondialisation.
  • Produire à petite échelle permet aussi d’améliorer le bien-être personnel, psychologique et émotionnel des personnes impliquées dans la production. L’Inde supporte mieux dans une entreprise à taille humaine.
  • Si nos activités économiques sont menées à petite échelle au niveau local, notre empreinte sur la terre sera minime. Les sols, les arbres, les animaux, les minéraux, les fleuves, l’ingéniosité, la créativité et les compétences humaines sont d’autant plus considéré comme authentiques source de richesse. Le véritable capital réside dans la nature.
  • « Cultiver et multiplier ses besoins est l’antithèse de la sagesse. C’est aussi l’antithèse de la liberté et de la paix. Toute multiplication des besoins tend à augmenter la dépendance à l’égard des forces extérieures qui échappe à notre contrôle, et alimente par conséquent la peur existentielle. C’est en réduisant ses besoins que l’on peut encourager une authentique réduction des tensions fondamentalement responsables des luttes et guerres. »
  • Schumacher avait accepté une mission pour le premier ministre birman en 1950. Il constate que les Birmans étaient joyeux, créatifs, proches de la nature, prenaient soin d’autrui, de la terre et des animaux avec plaisir. Le bon travail, que les bouddhistes nomment « moyens d’existence parfaits », est celui qui transforme l’homme pour le meilleur. Toute société humaine devrait encourager le bon travail en valorisant ses artisans, ses artistes, ses agriculteurs, ses commerçants…  Le bon travail n’a rien à voir avec une tâche ou une corvée. Il n’est ni ingrat ou pénible, il améliore la qualité de vie et confère bien-être et sérénité. Schumacher est l’un des rares économistes occidentaux sensibles au lien qui unit économie et éthique.

Schumacher avait fui en 1937 l’Allemagne nazie et se réfugia en Angleterre.  Il vivait enchanté avec sa famille dans un petit cottage à la campagne et en travaillant comme ouvrier agricole.  Issu d’une grande famille d’intellectuels et de scientifique, Schumacher était devenu économiste, ce qui ne l’empêchera pas de se passionner pour le bouddhisme, l’écologie, le jardinage, la fabrication du pain, les éoliennes et l’énergie solaire. Il est décédé en 1977 et en 1991, a été inauguré le Schumacher College, un centre de formation pour adultes consacré à l’enseignement des sciences de l’environnement, à la transmission de valeurs spirituelles et au développement de la formation continue. La pensée de Schumacher fleurit aujourd’hui au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et en Inde. Les solutions qu’a proposé Schumacher pourrait assurer notre salut : penser à petite échelle, vivre localement, agir avec la plus haute exigence morale.

VII. Pour un nouveau paradigme

Le nouveau paradigme permet à l’économie d’être cyclique, comme la nature : je prends la gratitude, j’utilise avec parcimonie, je reconstitue ce que j’ai pris et j’offre à la terre ce qu’il reste sous forme de composte. Résultat : pas de déchets, pas de pollution, pas de raréfaction des ressources. Le nouveau paradigme met en valeur la qualité de la vie. L’important, c’est la santé, la créativité, la culture, le travail manuel, la qualité de l’alimentation, la famille, l’amitié, le partage. Ce n’est pas la taille qui compte mais le contenu qui compte.   Le nouveau paradigme est basé sur l’interdépendance : il met tous les êtres vivants sur le même plan. Il repose sur la participation et le mutualisme. Ce nouveau paradigme est l’expression même de la Trinité « terre, âme, société ».

VIII. Un univers bienveillant

Et le sol fait preuve d’une bienveillance inépuisable : ils offrent aux graines les conditions nécessaires à leur germination, à leur naissance quelle heure croissante. C’est grâce à lui qu’ils peuvent exprimer leur potentiel. Le sol accueilli et nourrit les racines des arbres tout au long de leur vie. Il leur donne la force de tendre leurs branches vers le ciel afin de recevoir l’énergie du soleil qui leur permettra de réaliser la photosynthèse. Grâce au sol, une seule graine peut se multiplier par cent pendant 100 ans.  Il propose ses fruits à quiconque et désir. Le soleil est bienveillant, la lune est bienveillante, la pluie est bienveillante, le feu est bienveillant, l’espace est bienveillant, l’âme est bienveillante. Nous faisons partie intégrante de l’âme du monde. Ce qui prennent soin de leur âme sont source de joie et de sérénité pour leurs proches. La société est bienveillante et l’univers reflète ce que nous sommes et la manière dont nous le percevons. Si nous posons sur lui un regard généreux et bienveillant, il nous témoignera à son tour générosité et bienveillance. En nous unissant pour montrer l’exemple, nous réussirons à concrétiser une telle utopie d’un monde bienveillant. Nous ne parviendrons à appeler efficacement au changement qu’en élargissant le champ de nos préoccupations afin de percevoir l’univers dans sa globalité. Et c’est dans cette globalité, les trois dimensions du monde : la dimension écologique, la dimension spirituelle et la dimension sociale,- la terre, l’âme et la société.

« Si notre civilisation acceptait d’obéir aux grands principes que sont la non-violence, la modération et l’autodiscipline, nous éviterions bien des catastrophes écologiques et pourrions mettre fin à l’aliénation individuelle et à l’injustice sociale »

I. Terre, âme, société

Les Hindous venèrent la Trinité constituée de Brahma, le créateur, de Vishnou, le protecteur, et de Shiva le destructeur, trois dieux pour symboliser la naissance, la vie et la mort. Le Père, le Fils et le Saint Esprit condensent la vision chrétienne de l’univers, « vérité, bonté et beauté », celle des Grecs anciens. « Vie, liberté et poursuite du bonheur » sont les idéaux démocratiques de la constitution américaine. « Liberté, égalité, fraternité » est le mot d’ordre de la révolution française. Satish Kumar formule sa vision de l’écologie, de la spiritualité et de la société en « terre, âme, société ».

Nourrir la terre qui nous nourrit

La terre représente la nature et conditionne toute vie sur la planète. Tout vient d’elle et tout retourne à elle. Sans conditions et sans discrimination, elle nous traite tous d’égale manière. Malheureusement, le développement des sciences, les innovations technologiques, les orientations prises par la philosophie et la pensée économique au cours de ces 3 derniers siècles ont incité les hommes à se croire maître de la nature. L’espèce humaine est en guerre contre la nature, une guerre qui l’a conduit à vider les océans, empoisonner les sols, à mettre en cage et à maltraiter les animaux, à détruire les grandes forêts… Lorsque nous détruisons la nature, nous nous détruisons aussi. Le grand défi du XXIe siècle, et de se reconnecter avec la nature, de réapprendre à puiser dans les ressources naturelles ce qu’il nous faut pour vivre, et rien de plus.  Comme le disait Gandhi : « La nature est assez abondante pour répondre aux besoins de chacun, mais pas assez pour satisfaire l’avidité d’un seul homme. »

Nourrir l’âme

La Gita nous invite à vivre en harmonie avec la terre, et également avec nous-mêmes. L’homme doit d’abord apprendre à se connaître, puis se mettre au service d’autrui de manière désintéressée, en renonçant à son ego au profit de la conviction qui fait partie d’un tout.  En comprenant que nous sommes un microcosme dans un macrocosme, nous libérons notre propre identité de ses frontières trop étroites. Spiritualité individuelle et pérennité de la nature sont intrinsèquement liées. Nous protégerons d’autant mieux la planète que nous aurons pris soin de notre âme.

Nourrir la société

En dépit d’une politique d’industrialisation constante, les populations des pays sous-développés sont toujours en souffrance. Alors que les sommes consacrées à l’achat et à la fabrication d’armes ne cessent d’augmenter, la paix et la sécurité ne semblent pas mieux assurées.  Seul un mouvement social de grande ampleur permettrait d’instaurer la justice, l’égalité, la liberté pour le bien-être de tous. La Gita nous rappelle que nous sommes redevables à la société depuis notre naissance, car elle a veillé sur nous dès le premier instant.  La liste des bienfaits qu’elle nous a fourni s’étire à l’infini… Musique, littérature, architecture, philosophie, sciences… il était censé de sortir des limites et trois de nos intérêts personnels pour favoriser l’intérêt collectif et à œuvrer pour le bien.

Une Trinité porteuse de paix

Notre vie prendrait tout son sens si nous parvenions à la fois œuvrer pour la protection de la nature, pour l’édification du moi et pour le rétablissement de la justice sociale. Il est essentiel de faire la paix avec soi-même, avec les autres et avec la nature. Libérons-nous de nos peurs qui nous hantent et cherchons à atteindre une forme de paix intérieure : nous aurons alors accompli le premier pas vers la paix dans le monde. Nos pays industrialisés doivent surmonter cette obsession consumériste. Nous vivons confortablement et la planète nous offre amplement de quoi vivre. Le problème réside dans le partage des ressources. Nous sommes interdépendants et formons une seule et même famille.

Méditer pour guérir

La méditation, c’est la médecine de l’âme.  Mettons-nous à la place des autres et admettons que nous formons une seule et même famille, celle de l’espèce humaine.  Méditons chaque jour pendant une minute en faveur de la paix dans le monde.  Offrons-nous chaque jour un moment de calme ,de concentration au cours duquel nous pouvons méditer sur l’état de notre âme, l’état de la société et l’état de l’environnement. Il est important de vivre autant que possible chaque instant de nos journées avec la pleine conscience de nos actes et de notre existence. Nourrie et soignée, notre âme libérera sa beauté intérieure et pourra pleinement savourer la beauté du monde. 

Un impératif esthétique

La beauté est la nourriture de l’âme. Elle nous est essentielle. Face à la beauté, tous nos sens sont mobilisés. Elle nourrit notre corps, notre âme et notre esprit. Vérité, beauté et bonté sont étroitement liées : pas de bonté sans beauté et pas de bonté sans vérité. Lorsque nous disons la vérité, nous devrions toujours la formuler en douceur afin de ne heurter personne. La consommation à la production de masse ont condamné la beauté à l’exil.  Ramenons la beauté.  Elle mène à l’amour, amour des objets simples et élégants, à amour pour votre maison, pour la nature et pour la vie, pour l’humanité, pour tout ce que nous aimons. Il nous faut obéir à un impératif éthique et morale. 

Un impératif moral

Prendre soin de la terre de la nature de l’environnement est un impératif moral. Or l’esprit humain semble aujourd’hui absorbé l’impératif de croissance économique. Des forêts florissantes et bien entretenues peuvent produire des fruits, du papier et du bois pour l’éternité. Les terres arables pourrait produire des céréales, des légumineuses et des primeurs année après année sans faillir.. Nous pouvons exploiter l’énergie inépuisable du soleil, de la pluie et du vent sans devoir craindre de voir fondre nos réserves.  En revalorisant le travail manuel, nous ne serions jamais à court de bras. Nous traversons une véritable crise morale. L’Humanité a perdu son chemin. La solution ne peut venir que de la protection de l’environnement : elle est un impératif moral. Nous sommes responsables de l’état de la planète envers nos enfants mais surtout envers la planète elle-même.  L’espèce humaine respecter les droits des autres espèces qui forment avec qu’elle est une seule et même communauté, celle des habitants de la planète Terre.

II. Voir Le Monde dans une fleur de lotus

La première des quatre Nobles Vérités est lié à l’existence humaine. La souffrance fait partie du grand dessin de l’univers. Il faut l’accepter.  La deuxième Noble Vérité de l’existence nous invite à méditer sur l’origine de notre douleur pour pouvoir la soigner.  D’où vient notre souffrance ?  La troisième des Nobles Vérités de l’existence, c’est la pensée positive,  la confiance à avoir pour résoudre tous les conflits personnels ou interpersonnelles afin de favoriser l’harmonie et la paix sociale. Le noble sentier octuple, la dernière des quatre Nobles Vérité, rassemble 8 grandes étapes :

  1. La compréhension parfaite : se forger une vision juste de soi-même
  2. La pensée parfaite : mettre ses pensées en accord avec sa vision du monde
  3. La parole parfaite : une pensée parfaite génère une parole parfaite
  4. L’action parfaite : agir vers le chemin de l’harmonie, la joie et la sérénité
  5. Les moyens d’existence parfaits : choisir un métier permettant de vivre juste
  6. L’effort parfait : dirigé dans le bon contexte et pour le bien-être de tous
  7. L’attention parfaite : s’interroger sur les conséquences de ses actes
  8. La concentration parfaite : elle s’apparente à une forme de méditation

Ces 8 pratiques pleines de sens peuvent vous mener vers la cessation de toute souffrance.  Vous êtes seul maître de votre destin. Vous avez droit au bonheur mais c’est un droit qu’il faut mériter et que vous devez prendre en main. Ne devez compter que sur vous-même pour changer de voie.

À l’école de la terre

Un disciple de bouddha lui demanda : « Vous enseignez l’harmonie et la compassion. Mais de qui tenez-vous ce savoir ? » Bouddha désigna le sol comme étant son maître. Nul n’est aussi patient, aussi résiliant, clément, généreux que la terre. On peut la piétiner, la labourer, la creuser, elle pardonne tout. Plantez une seule graine et la terre vous en rendra 10 000 et vous nourrira en abondance. Observons là et nous apprendrons à donner sans conditions et sans rien attendre en retour.

Mêler l’enseignement à la vie

Né dans une famille Jaïn, Satish Kumar est devenu moine à l’âge de neuf ans. Sa formation ne visait qu’un seul l’objectif : la libération de l’âme. Son maître le disait : « Si tu comprends le sens du Dharma, tu comprendras le sens de la vie. » Le sens profond du Dharma échappe à toute définition. Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut en faire l’expérience et la ressentir au plus profond de son âme.  Tuer est contraire au Dharma.  Les Jaïns s’efforcent de minimiser l’usage de la violence dans leur quotidien et d’accroître leur capacité d’empathie de jour en jour. « Arracher les mauvaises herbes de la colère de l’orgueil et cultivons, au jardin de notre conscience, les fleurs de la compassion et de la beauté. » Minimiser progressivement la violence et maximiser la compassion nous conduit vers une vie placée sous le règne de l’autodiscipline et de l’ascétisme. La consommation débridée résulte d’un appétit de possession qui mène à l’angoisse et la crainte de la perte, tout en privant autrui des ressources qui lui sont nécessaires. Il ne peut y avoir de justice sans autodiscipline : si nous refrénions nos appétits, la société serait plus juste. On s’entraînant à restreindre au maximum l’usage de la violence et à réfréner ses désirs, on apprend à nourrir son âme pour favoriser l’éclosion de ses plus belles qualités. Le soin de l’âme se traduit par de fréquentes séances de méditation, par une journée de silence absolu par semaine, par un jeune complet une fois par mois, et par des moments de solitude en pleine nature debout face aux éléments, immobile et silencieux.

La pensée s’exprime en mots,

Les mots s’expriment en actes,

Les actes se muent en habitudes,

Et les habitudes en traits de caractère.

Veillez donc avec soin sur vos pensées,

Ses expressions et ses mutations.

Puisse-t-elles jaillir d’un amour infini

Pour toutes les créatures terrestres.

Bouddha

 

III. Soyez le changement

Pour Gandhi il y avait nul besoin de renoncer au monde pour mener une vie religieuse. La spiritualité peut se pratiquer en tous lieux et à tout moment. Pour Gandhi, la qualité de nos actes est déterminée par la motivation qu’il sous-entend. C’est d’ailleurs cette conviction qui a inciter Satish Kumar à quitter le monastère et à rompre ses vœux de moine Jaïn.  Gandhi a créé le mouvement Sarvodaya, pour inciter les hommes à minimiser leurs besoins matériels tout en cultivant des valeurs et des projets spirituels, culturels et artistiques à fin de maximiser leur qualité de vie. Le terme Sarvodaya signifie «bien-être pour tous ».  Le Mahatma évoque l’auto discipline et la modération pour nous inviter à poser des limites à nos désir, à admettre que d’autres espèces ont également besoin d’espace, de nourriture, d’eau et de végétaux, et étant à même de vivre dans la joie, l’élégance et la sobriété.

Gandhi et Einstein partageaient des idéaux similaires. Einstein disait : « Chaque être humain est une partie de la totalité que nous appelons univers, une partie limité dans le temps et dans l’espace. Sous l’effet d’une sorte d’illusion d’optique de sa conscience, il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme d’une entité séparée du reste du monde. Cette illusion est une sorte de prison : elle restreint nos désirs à nos envies personnelles et notre affection aux quelques personnes qui nous entourent. Nous devons nous libérer de cette prison en élargissant notre capacité d’empathie à tous les êtres vivants, de manière à embrasser l’ensemble de la nature dans sa grande beauté. Nul n’est capable d’atteindre un tel accomplissement, mais le seul fait de tendre vers lui constitue une partie de notre libération et un gage de sécurité ! » Gandhi et Einstein était tous les deux convaincus que la puissance du lien qui unit entre elles toutes les formes de vie sur terre. Et le bien-être de tous (sarvodaya) constitue pour la société des hommes l’idéal à atteindre, l’auto-gouvernance (swaraj) est le meilleur moyen politique d’y parvenir. Swaraj veut dire « Régner », c’estt être à soi-même son propre souverain, mais aussi faire briller son âme et être une âme qui brille.

Gandhi s’est inspiré des cercles océaniques pour créer son modèle de société.  L’individu est placé au centre du cercle océanique : il étend constamment son rayon d’action et de pensée.  D’abord limité à sa famille, il se propage à son quartier, à son village, à sa région, à son pays et finalement au monde entier. Gandhi permet à chacun d’être au centre de son propre cosmos tout en échappant aux limites étroites de sa personne. Chacun de nous a la capacité de s’ouvrir à l’extérieur, de tendre la main à autrui.  L’individu est ainsi toujours en expansion. Le « Swaraj » est une système reposant des petites communautés, de petites villes et de petits pays. Pour Gandhi, l’Inde devait préserver son unité culturelle mais favoriser la décentralisation et la diversité politique au sein de ses nombreuses régions. Si nous sommes tous citoyens du monde, nous sommes aussi fermement enraciné au niveau local, dans notre communauté et notre foyer. La gouvernance « Swaraj consiste à faire confiance aux citoyens, à croire en leurs compétences et en leur capacité à discerner le bien et le mal. Vu la petite taille de communauté que les citoyens sont amenés à gérer, les erreurs, s’ils en font, sont forcément moins grave que celle d’un président élu pour gouverner un grand pays ou une grande multinationale. Chacun doit participer à la vie politique de sa communauté au lieu de la laisser aux mains d’autrui. Admettons le : les grands États centralisés ont échoué à résoudre la plupart des problèmes. Les États-Unis, ce pays si moderne, continue d’être confronté à des taux record de criminalité, dépression, analphabétisme, de misère et d’addiction.

Pour atteindre l’auto gouvernance, le citoyen doit s’efforcer de atteint la liberté intérieure par le biais d’un long travail et d’une transformation de lui-même car si nous ne sommes pas libre, nous ne pourrons libérer personne.  Le « Swaraj » nous invite à reprendre le contrôle pour ne plus être contrôlés.  Le mouvement « swadeshi » (autosuffisance locale et nationale) rassembla sous sa bannière l’art de vivre, l’artisanat et l’économie familiale, et contribua à refonder des communautés cohérentes, fondées sur une plus grande autosuffisance locale.  Un mouvement exactement à l’inverse de la mondialisation, qui offre un programme complet en réponse à la plupart des problèmes de notre temps : chômage, diminution des ressources naturelles, changements climatique, conflits internationaux, pauvreté, isolement, mal-être, violence, mauvaise santé…

La règle d’or : ne faites jamais ce que vous ne voudriez pas que l’on vous fasse !

Les 7 péchés sociaux : L’argent sans effort.  Le plaisir sans conscience.  La connaissance sans âme. Le commerce sans morale.  L’action sans humanité.  La religion sans sacrifice.  La politique en principe. Gandhi

IV. Ce que j’ai appris de Tagore

Tagore, connu aussi sous le surnom de Gurudev, est un compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien.  Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1913 pour son recueil de poèmes.  Dans la lignée des grands poètes mystique,s il exaltait l’esprit humain tout en se laissant subjugué par la beauté et le mystère de la nature. Il saluait la présence du divin dans tout ce qui suscitait son admiration mais si il savait aussi se montrer militant et passionné pour des causes politiques qu’il soutenait. Il prenait fait et cause pour la nature, pour l’esprit et pour la société. Ses idéaux étaient pétri de justice et d’égalité. Comme Gandhi, il était persuadé que le pays devait mettre fin aux inégalités sociales et au système des castes pour promouvoir une véritable révolution agraire. « La paix véritable vient d’une abondance liée à la vie même, en contact direct avec la nature, une abondance qui ne doit rien à la machine, mais tout au travail humble et acharné de la terre, à notre rencontre avec les forces vives et généreuse de la vie. »  « Seuls l’amour et l’action permettent d’acquérir des connaissances parfaites, car le véritable objet du savoir n’est pas la pédanterie, mais la sagesse. »  Il s’efforce d’éveiller chez ses élèves une fraîcheur de sentiments envers la nature et une grande sensibilité dans les relations humaines, à l’aide de la littérature, de cérémonies festives, mais aussi d’enseignements spirituels qui les invitent à se rapprocher du monde vivant.

«  L’éducation fait partie intégrante de l’aventure de la vie. Il  ne s’agit pas d’infliger aux enfants un traitement médical douloureux destiné à les guérir de leur ignorance congénitale, mais de les accompagner dans leur développement afin qu’il s’exprime tout naturellement la vitalité de leur esprit. »

V. La tête, le cœur et les mains

Autrefois, les études d’économie reposaient sur l’examen de trois facteurs de production jugés fondamental : la terre, le travail et le capital. La terre constituait la base des sciences économiques. Les étudiants apprenait à user des ressources naturelles avec parcimonie. Aujourd’hui c’est l’économie qui est au service de l’écologie et nous l’inverse. Et si l’économie mondiale était en crise, c’est parce qu’aujourd’hui l’écologie elle-même est en crise : nous épuisons les ressources naturelles, nous emplissons l’atmosphère de dioxyde de carbone et autres gaz, nous faisons suffoquer les océans de plastique. Notre civilisation se résume à trois mots : gaspillage, gaspillage, gaspillage.   La plupart des universités ont comme objectif de préparer les jeunes adultes à gagner de l’argent. Nos adolescents reconnaissent parfaitement les logos de leur marque préférée mais rares sont ceux qui savent distinguer un chêne d’un frêne, un grain de blé d’un grain d’orge, une campanule d’une primevère. Si vous n’êtes pas capable de lire l’étiquette d’un paquet de biscuits, vous serez  qualifié d’analphabète mais si vous ne savez rien des oiseaux, des arbres ou des fleurs, personne ne vous mettra au ban de la société. Emmenez les enfants au cœur d’un espace naturel préservé ! Là, ils pourront s’ouvrir au mystère, à la magie et à la majesté de la nature. C’est cette raison qui incité Satish Kumar à fonder son école, The Small School dans le Devon.  Une école où l’on crée des potagers, où l’on prend des cours de jardinage, où l’on apprend à cuisiner, à créer des objet de ses mains, à travailler le bois, l’argile, la pierre, la laine, à se comporter en société, en couple, envers la nature,… une école où l’enseignant accorde une importance égale à ce que les élèves font avec leur tête, leur cœur et leurs mains afin de développer au sein de leur classe une culture de l’entraide, de la coopération et de la solidarité.

« L’univers est entrainé dans la danse du dieu Shiva. Il n’y a pas de séparation entre la danse et le danseur. De même qu’il n’y a pas de séparation entre le créateur et sa création. Chacun de nous est à la fois un créateur et une création. La création est un cycle continu : elle n’a ni début, ni fin.  Brahman est la naissance et la mort de toute chose. La naissance et la mort permet à la vie de se régénérer constamment. Brahman est à la fois la joie et la souffrance. Tous les deux nous rend plus forts et plus résistants. »

 

VI. Small is still beautiful

L’économiste et philosophe britannique d’origine allemande, Ernst Freddy Schumacher, mit toute son énergie à expliquer comment les sociétés humaines devait s’y prendre pour favoriser le bien-être de leurs membres, protéger la nature et récolter le fruit d’une vie spirituelle constamment renouvelée. D’après lui, si on produisait à petite échelle partout sur la planète, il conjuguerait à la fois l’excellence et la protection de la nature.

La petitesse n’est pas seulement belle, elle est essentielle à l’économie car elle donne chaque chacun l’occasion d’être spontané, créatif, polyvalent et innovateur.   Schumacher a écrit le fameux livre, Small is Beautiful devenu un best-seller dans le monde entier.  Il fut invité à la Maison-Blanche et son livre fut considéré par le supplément littéraire du Times comme l’un des 100 livres les plus importants publié depuis la seconde guerre mondiale !

En voici les principaux arguments :

  • La plupart des grandes entreprises humaines visent à accomplir un objectif idéal. Mais dès qu’elles atteignent une certaine taille, ces entreprises s’enlisent dans la gestion de l’entreprise elle-même, en reléguant au second plan l’objectif pour lequel elles avaient été fondées. Cette question d’échelle est aussi vraie pour les institutions et le pouvoir politique. Parvenus au sommet de l’État, les grands commis ont l’obsession de garder le pouvoir.
  • Nous appartenons tous à la grande communauté des habitants de la terre. En ce sens, les frontières qui nous séparent n’ont aucune importance. Cependant, nous sommes limités par nos capacités physiques et par le temps dont nous disposons : nous ne pouvons former de véritables relations qu’avec un petit nombre de personnes au cours de notre vie. Il en va de même pour la terre : bien qu’elle soit partout notre maison le sentiment d’appartenance est plus privilégié avec l’endroit où nous vivons.
  • La présence frénétique de certaines métropoles inquiétait beaucoup Schumacher. Des millions de gens se déplacent vers la grande ville en créer un environnement saturé, pollué, aliénant, sans beauté, sans simplicité et peu de convivialité. Pour Schumacher, 500 000 habitants était la limite supérieure au-delà de laquelle entité n’est plus vivable.
  • Le mal dominant du monde moderne est le déséquilibre absolu entre la ville et la campagne. Un déséquilibre sur le plan de richesse, du pouvoir, de la culture, de l’attraction et de l’espoir. La ville s’est étendue à l’extrême et la campagne s’est atrophiée. Rétablir juste équilibre entre la vie à la ville et la vie à la campagne et peut-être la tâche la plus importante qui s’offrent à l’homme moderne. C’est une question de rendement agricole indispensable pour éviter la famine dans le monde mais aussi la possibilité de pouvoir offrir aux membres d’une communauté une éblouissante variété d’occupations.
  • La production à petite échelle va de pair avec l’économie locale tandis que la production à grande échelle entraîne la mondialisation.
  • Produire à petite échelle permet aussi d’améliorer le bien-être personnel, psychologique et émotionnel des personnes impliquées dans la production. L’Inde supporte mieux dans une entreprise à taille humaine.
  • Si nos activités économiques sont menées à petite échelle au niveau local, notre empreinte sur la terre sera minime. Les sols, les arbres, les animaux, les minéraux, les fleuves, l’ingéniosité, la créativité et les compétences humaines sont d’autant plus considéré comme authentiques source de richesse. Le véritable capital réside dans la nature.
  • « Cultiver et multiplier ses besoins est l’antithèse de la sagesse. C’est aussi l’antithèse de la liberté et de la paix. Toute multiplication des besoins tend à augmenter la dépendance à l’égard des forces extérieures qui échappe à notre contrôle, et alimente par conséquent la peur existentielle. C’est en réduisant ses besoins que l’on peut encourager une authentique réduction des tensions fondamentalement responsables des luttes et guerres. »
  • Schumacher avait accepté une mission pour le premier ministre birman en 1950. Il constate que les Birmans étaient joyeux, créatifs, proches de la nature, prenaient soin d’autrui, de la terre et des animaux avec plaisir. Le bon travail, que les bouddhistes nomment « moyens d’existence parfaits », est celui qui transforme l’homme pour le meilleur. Toute société humaine devrait encourager le bon travail en valorisant ses artisans, ses artistes, ses agriculteurs, ses commerçants…  Le bon travail n’a rien à voir avec une tâche ou une corvée. Il n’est ni ingrat ou pénible, il améliore la qualité de vie et confère bien-être et sérénité. Schumacher est l’un des rares économistes occidentaux sensibles au lien qui unit économie et éthique.

Schumacher avait fui en 1937 l’Allemagne nazie et se réfugia en Angleterre.  Il vivait enchanté avec sa famille dans un petit cottage à la campagne et en travaillant comme ouvrier agricole.  Issu d’une grande famille d’intellectuels et de scientifique, Schumacher était devenu économiste, ce qui ne l’empêchera pas de se passionner pour le bouddhisme, l’écologie, le jardinage, la fabrication du pain, les éoliennes et l’énergie solaire. Il est décédé en 1977 et en 1991, a été inauguré le Schumacher College, un centre de formation pour adultes consacré à l’enseignement des sciences de l’environnement, à la transmission de valeurs spirituelles et au développement de la formation continue. La pensée de Schumacher fleurit aujourd’hui au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et en Inde. Les solutions qu’a proposé Schumacher pourrait assurer notre salut : penser à petite échelle, vivre localement, agir avec la plus haute exigence morale.

VII. Pour un nouveau paradigme

Le nouveau paradigme permet à l’économie d’être cyclique, comme la nature : je prends la gratitude, j’utilise avec parcimonie, je reconstitue ce que j’ai pris et j’offre à la terre ce qu’il reste sous forme de composte. Résultat : pas de déchets, pas de pollution, pas de raréfaction des ressources. Le nouveau paradigme met en valeur la qualité de la vie. L’important, c’est la santé, la créativité, la culture, le travail manuel, la qualité de l’alimentation, la famille, l’amitié, le partage. Ce n’est pas la taille qui compte mais le contenu qui compte.   Le nouveau paradigme est basé sur l’interdépendance : il met tous les êtres vivants sur le même plan. Il repose sur la participation et le mutualisme. Ce nouveau paradigme est l’expression même de la Trinité « terre, âme, société ».

VIII. Un univers bienveillant

Et le sol fait preuve d’une bienveillance inépuisable : ils offrent aux graines les conditions nécessaires à leur germination, à leur naissance quelle heure croissante. C’est grâce à lui qu’ils peuvent exprimer leur potentiel. Le sol accueilli et nourris les racines des arbres tout au long de leur vie. Il leur donne la force de tendre leurs branches vers le ciel afin de recevoir l’énergie du soleil qui leur permettra de réaliser la photosynthèse. Grâce au sol, une seule graine peut se multiplier par cent pendant 100 ans.  Il propose ses fruits à quiconque et désir. Le soleil est bienveillant, la lune est bienveillante, la pluie est bienveillante, le feu est bienveillant, l’espace est bienveillant, l’âme est bienveillante. Nous faisons partie intégrante de l’âme du monde. Ce qui prennent soin de leur âme sont source de joie et de sérénité pour leurs proches. La société est bienveillante et l’univers reflète ce que nous sommes et la manière dont nous le percevons. Si nous posons sur lui un regard généreux et bienveillant, il nous témoignera à son tour générosité et bienveillance. En nous unissant pour montrer l’exemple, nous réussirons à concrétiser une telle utopie d’un monde bienveillant. Nous ne parviendrons à appeler efficacement au changement qu’en élargissant le champ de nos préoccupations afin de percevoir l’univers dans sa globalité. Et c’est dans cette globalité, les trois dimensions du monde : la dimension écologique, la dimension spirituelle et la dimension sociale,- la terre, l’âme et la société.

Oltome - Pour une écologie spirituelle

« Si notre civilisation acceptait d’obéir aux grands principes que sont la non-violence, la modération et l’autodiscipline, nous éviterions bien des catastrophes écologiques et pourrions mettre fin à l’aliénation individuelle et à l’injustice sociale »

I. Terre, âme, société

Les Hindous venèrent la Trinité constituée de Brahma, le créateur, de Vishnou, le protecteur, et de Shiva le destructeur, trois dieux pour symboliser la naissance, la vie et la mort. Le Père, le Fils et le Saint Esprit condensent la vision chrétienne de l’univers, « vérité, bonté et beauté », celle des Grecs anciens. « Vie, liberté et poursuite du bonheur » sont les idéaux démocratiques de la constitution américaine. « Liberté, égalité, fraternité » est le mot d’ordre de la révolution française. Satish Kumar formule sa vision de l’écologie, de la spiritualité et de la société en « terre, âme, société ».

Nourrir la terre qui nous nourrit

La terre représente la nature et conditionne toute vie sur la planète. Tout vient d’elle et tout retourne à elle. Sans conditions et sans discrimination, elle nous traite tous d’égale manière. Malheureusement, le développement des sciences, les innovations technologiques, les orientations prises par la philosophie et la pensée économique au cours de ces 3 derniers siècles ont incité les hommes à se croire maître de la nature. L’espèce humaine est en guerre contre la nature, une guerre qui l’a conduit à vider les océans, empoisonner les sols, à mettre en cage et à maltraiter les animaux, à détruire les grandes forêts… Lorsque nous détruisons la nature, nous nous détruisons aussi. Le grand défi du XXIe siècle, et de se reconnecter avec la nature, de réapprendre à puiser dans les ressources naturelles ce qu’il nous faut pour vivre, et rien de plus.  Comme le disait Gandhi : « La nature est assez abondante pour répondre aux besoins de chacun, mais pas assez pour satisfaire l’avidité d’un seul homme. »

Nourrir l’âme

La Gita nous invite à vivre en harmonie avec la terre, et également avec nous-mêmes. L’homme doit d’abord apprendre à se connaître, puis se mettre au service d’autrui de manière désintéressée, en renonçant à son ego au profit de la conviction qui fait partie d’un tout.  En comprenant que nous sommes un microcosme dans un macrocosme, nous libérons notre propre identité de ses frontières trop étroites. Spiritualité individuelle et pérennité de la nature sont intrinsèquement liées. Nous protégerons d’autant mieux la planète que nous aurons pris soin de notre âme.

Nourrir la société

En dépit d’une politique d’industrialisation constante, les populations des pays sous-développés sont toujours en souffrance. Alors que les sommes consacrées à l’achat et à la fabrication d’armes ne cessent d’augmenter, la paix et la sécurité ne semblent pas mieux assurées.  Seul un mouvement social de grande ampleur permettrait d’instaurer la justice, l’égalité, la liberté pour le bien-être de tous. La Gita nous rappelle que nous sommes redevables à la société depuis notre naissance, car elle a veillé sur nous dès le premier instant.  La liste des bienfaits qu’elle nous a fourni s’étire à l’infini… Musique, littérature, architecture, philosophie, sciences… il était censé de sortir des limites et trois de nos intérêts personnels pour favoriser l’intérêt collectif et à œuvrer pour le bien.

Une Trinité porteuse de paix

Notre vie prendrait tout son sens si nous parvenions à la fois œuvrer pour la protection de la nature, pour l’édification du moi et pour le rétablissement de la justice sociale. Il est essentiel de faire la paix avec soi-même, avec les autres et avec la nature. Libérons-nous de nos peurs qui nous hantent et cherchons à atteindre une forme de paix intérieure : nous aurons alors accompli le premier pas vers la paix dans le monde. Nos pays industrialisés doivent surmonter cette obsession consumériste. Nous vivons confortablement et la planète nous offre amplement de quoi vivre. Le problème réside dans le partage des ressources. Nous sommes interdépendants et formons une seule et même famille.

Méditer pour guérir

La méditation, c’est la médecine de l’âme.  Mettons-nous à la place des autres et admettons que nous formons une seule et même famille, celle de l’espèce humaine.  Méditons chaque jour pendant une minute en faveur de la paix dans le monde.  Offrons-nous chaque jour un moment de calme ,de concentration au cours duquel nous pouvons méditer sur l’état de notre âme, l’état de la société et l’état de l’environnement. Il est important de vivre autant que possible chaque instant de nos journées avec la pleine conscience de nos actes et de notre existence. Nourrie et soignée, notre âme libérera sa beauté intérieure et pourra pleinement savourer la beauté du monde.

Un impératif esthétique

La beauté est la nourriture de l’âme. Elle nous est essentielle. Face à la beauté, tous nos sens sont mobilisés. Elle nourrit notre corps, notre âme et notre esprit. Vérité, beauté et bonté sont étroitement liées : pas de bonté sans beauté et pas de bonté sans vérité. Lorsque nous disons la vérité, nous devrions toujours la formuler en douceur afin de ne heurter personne. La consommation à la production de masse ont condamné la beauté à l’exil.  Ramenons la beauté.  Elle mène à l’amour, amour des objets simples et élégants, à amour pour votre maison, pour la nature et pour la vie, pour l’humanité, pour tout ce que nous aimons. Il nous faut obéir à un impératif éthique et morale.

Un impératif moral

Prendre soin de la terre de la nature de l’environnement est un impératif moral. Or l’esprit humain semble aujourd’hui absorbé l’impératif de croissance économique. Des forêts florissantes et bien entretenues peuvent produire des fruits, du papier et du bois pour l’éternité. Les terres arables pourrait produire des céréales, des légumineuses et des primeurs année après année sans faillir.. Nous pouvons exploiter l’énergie inépuisable du soleil, de la pluie et du vent sans devoir craindre de voir fondre nos réserves.  En revalorisant le travail manuel, nous ne serions jamais à court de bras. Nous traversons une véritable crise morale. L’Humanité a perdu son chemin. La solution ne peut venir que de la protection de l’environnement : elle est un impératif moral. Nous sommes responsables de l’état de la planète envers nos enfants mais surtout envers la planète elle-même.  L’espèce humaine respecter les droits des autres espèces qui forment avec qu’elle est une seule et même communauté, celle des habitants de la planète Terre.

II. Voir Le Monde dans une fleur de lotus

La première des quatre Nobles Vérités est lié à l’existence humaine. La souffrance fait partie du grand dessin de l’univers. Il faut l’accepter.  La deuxième Noble Vérité de l’existence nous invite à méditer sur l’origine de notre douleur pour pouvoir la soigner.  D’où vient notre souffrance ?  La troisième des Nobles Vérités de l’existence, c’est la pensée positive,  la confiance à avoir pour résoudre tous les conflits personnels ou interpersonnelles afin de favoriser l’harmonie et la paix sociale. Le noble sentier octuple, la dernière des quatre Nobles Vérité, rassemble 8 grandes étapes :

  1. La compréhension parfaite : se forger une vision juste de soi-même
  2. La pensée parfaite : mettre ses pensées en accord avec sa vision du monde
  3. La parole parfaite : une pensée parfaite génère une parole parfaite
  4. L’action parfaite : agir vers le chemin de l’harmonie, la joie et la sérénité
  5. Les moyens d’existence parfaits : choisir un métier permettant de vivre juste
  6. L’effort parfait : dirigé dans le bon contexte et pour le bien-être de tous
  7. L’attention parfaite : s’interroger sur les conséquences de ses actes
  8. La concentration parfaite : elle s’apparente à une forme de méditation

Ces 8 pratiques pleines de sens peuvent vous mener vers la cessation de toute souffrance.  Vous êtes seul maître de votre destin. Vous avez droit au bonheur mais c’est un droit qu’il faut mériter et que vous devez prendre en main. Ne devez compter que sur vous-même pour changer de voie.

À l’école de la terre

Un disciple de bouddha lui demanda : « Vous enseignez l’harmonie et la compassion. Mais de qui tenez-vous ce savoir ? » Bouddha désigna le sol comme étant son maître. Nul n’est aussi patient, aussi résiliant, clément, généreux que la terre. On peut la piétiner, la labourer, la creuser, elle pardonne tout. Plantez une seule graine et la terre vous en rendra 10 000 et vous nourrira en abondance. Observons là et nous apprendrons à donner sans conditions et sans rien attendre en retour."

Mêler l’enseignement à la vie

Né dans une famille Jaïn, Satish Kumar est devenu moine à l’âge de neuf ans. Sa formation ne visait qu’un seul l’objectif : la libération de l’âme. Son maître le disait : « Si tu comprends le sens du Dharma, tu comprendras le sens de la vie. » Le sens profond du Dharma échappe à toute définition. Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut en faire l’expérience et la ressentir au plus profond de son âme.  Tuer est contraire au Dharma.  Les Jaïns s’efforcent de minimiser l’usage de la violence dans leur quotidien et d’accroître leur capacité d’empathie de jour en jour. « Arracher les mauvaises herbes de la colère de l’orgueil et cultivons, au jardin de notre conscience, les fleurs de la compassion et de la beauté. » Minimiser progressivement la violence et maximiser la compassion nous conduit vers une vie placée sous le règne de l'autodiscipline et de l’ascétisme. La consommation débridée résulte d’un appétit de possession qui mène à l’angoisse et la crainte de la perte, tout en privant autrui des ressources qui lui sont nécessaires. Il ne peut y avoir de justice sans autodiscipline : si nous refrénions nos appétits, la société serait plus juste. On s’entraînant à restreindre au maximum l’usage de la violence et à réfréner ses désirs, on apprend à nourrir son âme pour favoriser l’éclosion de ses plus belles qualités. Le soin de l’âme se traduit par de fréquentes séances de méditation, par une journée de silence absolu par semaine, par un jeune complet une fois par mois, et par des moments de solitude en pleine nature debout face aux éléments, immobile et silencieux.

La pensée s’exprime en mots,

Les mots s’expriment en actes,

Les actes se muent en habitudes,

Et les habitudes en traits de caractère.

Veillez donc avec soin sur vos pensées,

Ses expressions et ses mutations.

Puisse-t-elles jaillir d’un amour infini

Pour toutes les créatures terrestres.

Bouddha

III. Soyez le changement

Pour Gandhi il y avait nul besoin de renoncer au monde pour mener une vie religieuse. La spiritualité peut se pratiquer en tous lieux et à tout moment. Pour Gandhi, la qualité de nos actes est déterminée par la motivation qu’il sous-entend. C’est d’ailleurs cette conviction qui a inciter Satish Kumar à quitter le monastère et à rompre ses vœux de moine Jaïn.  Gandhi a créé le mouvement Sarvodaya, pour inciter les hommes à minimiser leurs besoins matériels tout en cultivant des valeurs et des projets spirituels, culturels et artistiques à fin de maximiser leur qualité de vie. Le terme Sarvodaya signifie «bien-être pour tous ».  Le Mahatma évoque l’auto discipline et la modération pour nous inviter à poser des limites à nos désir, à admettre que d’autres espèces ont également besoin d’espace, de nourriture, d’eau et de végétaux, et étant à même de vivre dans la joie, l’élégance et la sobriété.

Gandhi et Einstein partageaient des idéaux similaires. Einstein disait : « Chaque être humain est une partie de la totalité que nous appelons univers, une partie limité dans le temps et dans l’espace. Sous l’effet d’une sorte d’illusion d’optique de sa conscience, il fait l’expérience de lui-même, de ses pensées et de ses sentiments comme d’une entité séparée du reste du monde. Cette illusion est une sorte de prison : elle restreint nos désirs à nos envies personnelles et notre affection aux quelques personnes qui nous entourent. Nous devons nous libérer de cette prison en élargissant notre capacité d’empathie à tous les êtres vivants, de manière à embrasser l’ensemble de la nature dans sa grande beauté. Nul n’est capable d’atteindre un tel accomplissement, mais le seul fait de tendre vers lui constitue une partie de notre libération et un gage de sécurité ! » Gandhi et Einstein était tous les deux convaincus que la puissance du lien qui unit entre elles toutes les formes de vie sur terre. Et le bien-être de tous (sarvodaya) constitue pour la société des hommes l’idéal à atteindre, l’auto-gouvernance (swaraj) est le meilleur moyen politique d’y parvenir. Swaraj veut dire « Régner », c’estt être à soi-même son propre souverain, mais aussi faire briller son âme et être une âme qui brille.

Gandhi s’est inspiré des cercles océaniques pour créer son modèle de société.  L’individu est placé au centre du cercle océanique : il étend constamment son rayon d’action et de pensée.  D’abord limité à sa famille, il se propage à son quartier, à son village, à sa région, à son pays et finalement au monde entier. Gandhi permet à chacun d’être au centre de son propre cosmos tout en échappant aux limites étroites de sa personne. Chacun de nous a la capacité de s’ouvrir à l’extérieur, de tendre la main à autrui.  L’individu est ainsi toujours en expansion. Le « Swaraj » est une système reposant des petites communautés, de petites villes et de petits pays. Pour Gandhi, l’Inde devait préserver son unité culturelle mais favoriser la décentralisation et la diversité politique au sein de ses nombreuses régions. Si nous sommes tous citoyens du monde, nous sommes aussi fermement enraciné au niveau local, dans notre communauté et notre foyer. La gouvernance « Swaraj consiste à faire confiance aux citoyens, à croire en leurs compétences et en leur capacité à discerner le bien et le mal. Vu la petite taille de communauté que les citoyens sont amenés à gérer, les erreurs, s’ils en font, sont forcément moins grave que celle d’un président élu pour gouverner un grand pays ou une grande multinationale. Chacun doit participer à la vie politique de sa communauté au lieu de la laisser aux mains d’autrui. Admettons le : les grands États centralisés ont échoué à résoudre la plupart des problèmes. Les États-Unis, ce pays si moderne, continue d’être confronté à des taux record de criminalité, dépression, analphabétisme, de misère et d’addiction.

Pour atteindre l’auto gouvernance, le citoyen doit s’efforcer de atteint la liberté intérieure par le biais d’un long travail et d’une transformation de lui-même car si nous ne sommes pas libre, nous ne pourrons libérer personne.  Le « Swaraj » nous invite à reprendre le contrôle pour ne plus être contrôlés.  Le mouvement « swadeshi » (autosuffisance locale et nationale) rassembla sous sa bannière l’art de vivre, l’artisanat et l’économie familiale, et contribua à refonder des communautés cohérentes, fondées sur une plus grande autosuffisance locale.  Un mouvement exactement à l’inverse de la mondialisation, qui offre un programme complet en réponse à la plupart des problèmes de notre temps : chômage, diminution des ressources naturelles, changements climatique, conflits internationaux, pauvreté, isolement, mal-être, violence, mauvaise santé...

La règle d’or : ne faites jamais ce que vous ne voudriez pas que l'on vous fasse !

Les 7 péchés sociaux : L’argent sans effort.  Le plaisir sans conscience.  La connaissance sans âme. Le commerce sans morale.  L’action sans humanité.  La religion sans sacrifice.  La politique en principe. Gandhi

IV. Ce que j’ai appris de Tagore

Tagore, connu aussi sous le surnom de Gurudev, est un compositeur, écrivain, dramaturge, peintre et philosophe indien.  Il a reçu le Prix Nobel de littérature en 1913 pour son recueil de poèmes.  Dans la lignée des grands poètes mystique,s il exaltait l’esprit humain tout en se laissant subjugué par la beauté et le mystère de la nature. Il saluait la présence du divin dans tout ce qui suscitait son admiration mais si il savait aussi se montrer militant et passionné pour des causes politiques qu’il soutenait. Il prenait fait et cause pour la nature, pour l’esprit et pour la société. Ses idéaux étaient pétri de justice et d’égalité. Comme Gandhi, il était persuadé que le pays devait mettre fin aux inégalités sociales et au système des castes pour promouvoir une véritable révolution agraire. « La paix véritable vient d’une abondance liée à la vie même, en contact direct avec la nature, une abondance qui ne doit rien à la machine, mais tout au travail humble et acharné de la terre, à notre rencontre avec les forces vives et généreuse de la vie. »  « Seuls l’amour et l’action permettent d’acquérir des connaissances parfaites, car le véritable objet du savoir n’est pas la pédanterie, mais la sagesse. »  Il s’efforce d’éveiller chez ses élèves une fraîcheur de sentiments envers la nature et une grande sensibilité dans les relations humaines, à l’aide de la littérature, de cérémonies festives, mais aussi d’enseignements spirituels qui les invitent à se rapprocher du monde vivant. 

«  L’éducation fait partie intégrante de l’aventure de la vie. Il  ne s’agit pas d’infliger aux enfants un traitement médical douloureux destiné à les guérir de leur ignorance congénitale, mais de les accompagner dans leur développement afin qu’il s’exprime tout naturellement la vitalité de leur esprit. »

V. La tête, le cœur et les mains

Autrefois, les études d’économie reposaient sur l’examen de trois facteurs de production jugés fondamental : la terre, le travail et le capital. La terre constituait la base des sciences économiques. Les étudiants apprenait à user des ressources naturelles avec parcimonie. Aujourd’hui c’est l’économie qui est au service de l’écologie et nous l’inverse. Et si l’économie mondiale était en crise, c’est parce qu’aujourd’hui l’écologie elle-même est en crise : nous épuisons les ressources naturelles, nous emplissons l’atmosphère de dioxyde de carbone et autres gaz, nous faisons suffoquer les océans de plastique. Notre civilisation se résume à trois mots : gaspillage, gaspillage, gaspillage.   La plupart des universités ont comme objectif de préparer les jeunes adultes à gagner de l’argent. Nos adolescents reconnaissent parfaitement les logos de leur marque préférée mais rares sont ceux qui savent distinguer un chêne d’un frêne, un grain de blé d’un grain d’orge, une campanule d’une primevère. Si vous n’êtes pas capable de lire l’étiquette d’un paquet de biscuits, vous serez  qualifié d’analphabète mais si vous ne savez rien des oiseaux, des arbres ou des fleurs, personne ne vous mettra au ban de la société. Emmenez les enfants au cœur d’un espace naturel préservé ! Là, ils pourront s’ouvrir au mystère, à la magie et à la majesté de la nature. C’est cette raison qui incité Satish Kumar à fonder son école, The Small School dans le Devon.  Une école où l’on crée des potagers, où l’on prend des cours de jardinage, où l’on apprend à cuisiner, à créer des objet de ses mains, à travailler le bois, l’argile, la pierre, la laine, à se comporter en société, en couple, envers la nature,... une école où l’enseignant accorde une importance égale à ce que les élèves font avec leur tête, leur cœur et leurs mains afin de développer au sein de leur classe une culture de l’entraide, de la coopération et de la solidarité.

« L’univers est entrainé dans la danse du dieu Shiva. Il n’y a pas de séparation entre la danse et le danseur. De même qu’il n’y a pas de séparation entre le créateur et sa création. Chacun de nous est à la fois un créateur et une création. La création est un cycle continu : elle n’a ni début, ni fin.  Brahman est la naissance et la mort de toute chose. La naissance et la mort permet à la vie de se régénérer constamment. Brahman est à la fois la joie et la souffrance. Tous les deux nous rend plus forts et plus résistants. »

VI. Small is still beautiful

L’économiste et philosophe britannique d’origine allemande, Ernst Freddy Schumacher, mit toute son énergie à expliquer comment les sociétés humaines devait s’y prendre pour favoriser le bien-être de leurs membres, protéger la nature et récolter le fruit d’une vie spirituelle constamment renouvelée. D’après lui, si on produisait à petite échelle partout sur la planète, il conjuguerait à la fois l’excellence et la protection de la nature.

La petitesse n’est pas seulement belle, elle est essentielle à l’économie car elle donne chaque chacun l’occasion d’être spontané, créatif, polyvalent et innovateur.   Schumacher a écrit le fameux livre, Small is Beautiful devenu un best-seller dans le monde entier.  Il fut invité à la Maison-Blanche et son livre fut considéré par le supplément littéraire du Times comme l’un des 100 livres les plus importants publié depuis la seconde guerre mondiale !

En voici les principaux arguments :

  • La plupart des grandes entreprises humaines visent à accomplir un objectif idéal. Mais dès qu’elles atteignent une certaine taille, ces entreprises s’enlisent dans la gestion de l’entreprise elle-même, en reléguant au second plan l’objectif pour lequel elles avaient été fondées. Cette question d’échelle est aussi vraie pour les institutions et le pouvoir politique. Parvenus au sommet de l’État, les grands commis ont l’obsession de garder le pouvoir.
  • Nous appartenons tous à la grande communauté des habitants de la terre. En ce sens, les frontières qui nous séparent n’ont aucune importance. Cependant, nous sommes limités par nos capacités physiques et par le temps dont nous disposons : nous ne pouvons former de véritables relations qu’avec un petit nombre de personnes au cours de notre vie. Il en va de même pour la terre : bien qu’elle soit partout notre maison le sentiment d’appartenance est plus privilégié avec l’endroit où nous vivons.
  • La présence frénétique de certaines métropoles inquiétait beaucoup Schumacher. Des millions de gens se déplacent vers la grande ville en créer un environnement saturé, pollué, aliénant, sans beauté, sans simplicité et peu de convivialité. Pour Schumacher, 500 000 habitants était la limite supérieure au-delà de laquelle entité n’est plus vivable.
  • Le mal dominant du monde moderne est le déséquilibre absolu entre la ville et la campagne. Un déséquilibre sur le plan de richesse, du pouvoir, de la culture, de l’attraction et de l’espoir. La ville s’est étendue à l’extrême et la campagne s’est atrophiée. Rétablir juste équilibre entre la vie à la ville et la vie à la campagne et peut-être la tâche la plus importante qui s’offrent à l’homme moderne. C’est une question de rendement agricole indispensable pour éviter la famine dans le monde mais aussi la possibilité de pouvoir offrir aux membres d’une communauté une éblouissante variété d’occupations.
  • La production à petite échelle va de pair avec l’économie locale tandis que la production à grande échelle entraîne la mondialisation.
  • Produire à petite échelle permet aussi d’améliorer le bien-être personnel, psychologique et émotionnel des personnes impliquées dans la production. L’Inde supporte mieux dans une entreprise à taille humaine.
  • Si nos activités économiques sont menées à petite échelle au niveau local, notre empreinte sur la terre sera minime. Les sols, les arbres, les animaux, les minéraux, les fleuves, l’ingéniosité, la créativité et les compétences humaines sont d’autant plus considéré comme authentiques source de richesse. Le véritable capital réside dans la nature.
  • « Cultiver et multiplier ses besoins est l’antithèse de la sagesse. C’est aussi l’antithèse de la liberté et de la paix. Toute multiplication des besoins tend à augmenter la dépendance à l’égard des forces extérieures qui échappe à notre contrôle, et alimente par conséquent la peur existentielle. C’est en réduisant ses besoins que l’on peut encourager une authentique réduction des tensions fondamentalement responsables des luttes et guerres. »
  • Schumacher avait accepté une mission pour le premier ministre birman en 1950. Il constate que les Birmans étaient joyeux, créatifs, proches de la nature, prenaient soin d’autrui, de la terre et des animaux avec plaisir. Le bon travail, que les bouddhistes nomment « moyens d’existence parfaits », est celui qui transforme l’homme pour le meilleur. Toute société humaine devrait encourager le bon travail en valorisant ses artisans, ses artistes, ses agriculteurs, ses commerçants...  Le bon travail n’a rien à voir avec une tâche ou une corvée. Il n’est ni ingrat ou pénible, il améliore la qualité de vie et confère bien-être et sérénité. Schumacher est l’un des rares économistes occidentaux sensibles au lien qui unit économie et éthique.

Schumacher avait fui en 1937 l’Allemagne nazie et se réfugia en Angleterre.  Il vivait enchanté avec sa famille dans un petit cottage à la campagne et en travaillant comme ouvrier agricole.  Issu d’une grande famille d’intellectuels et de scientifique, Schumacher était devenu économiste, ce qui ne l’empêchera pas de se passionner pour le bouddhisme, l’écologie, le jardinage, la fabrication du pain, les éoliennes et l’énergie solaire. Il est décédé en 1977 et en 1991, a été inauguré le Schumacher College, un centre de formation pour adultes consacré à l’enseignement des sciences de l’environnement, à la transmission de valeurs spirituelles et au développement de la formation continue. La pensée de Schumacher fleurit aujourd’hui au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et en Inde. Les solutions qu’a proposé Schumacher pourrait assurer notre salut : penser à petite échelle, vivre localement, agir avec la plus haute exigence morale.

VII. Pour un nouveau paradigme

Le nouveau paradigme permet à l’économie d’être cyclique, comme la nature : je prends la gratitude, j’utilise avec parcimonie, je reconstitue ce que j’ai pris et j’offre à la terre ce qu’il reste sous forme de composte. Résultat : pas de déchets, pas de pollution, pas de raréfaction des ressources. Le nouveau paradigme met en valeur la qualité de la vie. L’important, c’est la santé, la créativité, la culture, le travail manuel, la qualité de l’alimentation, la famille, l’amitié, le partage. Ce n’est pas la taille qui compte mais le contenu qui compte.   Le nouveau paradigme est basé sur l’interdépendance : il met tous les êtres vivants sur le même plan. Il repose sur la participation et le mutualisme. Ce nouveau paradigme est l’expression même de la Trinité « terre, âme, société ».

VIII. Un univers bienveillant

Et le sol fait preuve d’une bienveillance inépuisable : ils offrent aux graines les conditions nécessaires à leur germination, à leur naissance quelle heure croissante. C’est grâce à lui qu’ils peuvent exprimer leur potentiel. Le sol accueilli et nourrit les racines des arbres tout au long de leur vie. Il leur donne la force de tendre leurs branches vers le ciel afin de recevoir l’énergie du soleil qui leur permettra de réaliser la photosynthèse. Grâce au sol, une seule graine peut se multiplier par cent pendant 100 ans.  Il propose ses fruits à quiconque et désir. Le soleil est bienveillant, la lune est bienveillante, la pluie est bienveillante, le feu est bienveillant, l’espace est bienveillant, l’âme est bienveillante. Nous faisons partie intégrante de l'âme du monde. Ce qui prennent soin de leur âme sont source de joie et de sérénité pour leurs proches. La société est bienveillante et l’univers reflète ce que nous sommes et la manière dont nous le percevons. Si nous posons sur lui un regard généreux et bienveillant, il nous témoignera à son tour générosité et bienveillance. En nous unissant pour montrer l’exemple, nous réussirons à concrétiser une telle utopie d’un monde bienveillant. Nous ne parviendrons à appeler efficacement au changement qu’en élargissant le champ de nos préoccupations afin de percevoir l’univers dans sa globalité. Et c’est dans cette globalité, les trois dimensions du monde : la dimension écologique, la dimension spirituelle et la dimension sociale,- la terre, l’âme et la société.

Elephant Oltome

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