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La démocratie aux champs

Oltome - La démocratie au champs synthèse résumé du livre avis

La démocratie aux champs

Joëlle ZASK

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A propos du livre

« La démocratie aux champs » de Joëlle Zask pose des questions essentielles. Cultiver la terre n’est-il pas le travail le plus vrai et le plus essentiel ? En ces temps de changement climatique et de maltraitance de nos systèmes agro-alimentaire, quoi de plus important que de se nourrir et de se nourrir correctement ? Oui, il nous faut cultiver notre jardin !

La révolution sera potagère car cultiver la terre depuis le début des temps c’est « garder » dans tout les sens du terme.  Garder et jardin ont la même éthologie.  Cultiver, c’est prendre soin, c’est dialoguer, être attentif, prendre des initiatives, écouter la réponse, anticiper, accepter, être humble, danser avec la nature, participer, apprendre des autres, coopérer, partager…

L’agriculture représente une puissance de changement considérable et un véritable espoir pour l’écologie démocratique.

Biographie de l'auteur
Oltome - Joëlle Zask biographie
Joëlle Zask est une philosophe française née en 1960.  Elle est spécialiste de philosophie politique et du pragmatisme. Joëlle Zask enseigne au département de philosophie de l’université Aix- Marseille.  Elle a traduit et introduit en France les oeuvres de John Dewey qui connaissent en ce moment aux Etats-Unis un retour impressionnant après une longue éclipse.  Elle plaide pour une démocratie participative et partagée. Ses réflexions l’amènent à plonger dans des domaines multiples : l’éducation, l’agriculture, l’économie, l’art, les politiques publiques et bien sûr l’écologie. Elle est aussi écrivaine.  Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages, dont La Démocratie aux champs (La Découverte, 2016) et, aux éditions Premier Parallèle, Quand la forêt brûle (2019) et Zoocities(2020). https://www.oltome.com/livre/democratie-aux-champs/  
Synthèse & résumé

Résumé du livre de Joëlle Zask « La démocratie aux champs »

 

SE CONDUIRE SANS UN MAîTRE…

Notre idéal de liberté vient de la terre. La démocratie, en tant que finalité, consiste en une distribution égale des opportunités et des moyens de réalisation de soi. Elle permet aux individus de mener d’eux-mêmes, par eux-mêmes et pour eux-mêmes les expériences par lesquelles ils découvrent, éprouvent et développent leurs libertés.

Cultiver la terre forme le socle de la culture démocratique. La bible dit qu’Adam doit cultiver le jardin d’Eden et le garder, en prendre soin. Cultiver c’est garder, garder c’est cultiver. Cultiver la terre, c’est dialoguer, écouter, proposer, prendre une initiative, expérimenter, interpréter, viser l’avenir.

La culture de la terre est une bonne image pour concevoir la démocratie comme un jardin où tous les éléments sont reliés. L’agriculture partagée, locale, familiale, paysanne, écologique, traditionnelle, raisonnée diversifiée est une réalité. 75 % des ressources agricoles mondiales sont encore le résultat de l’agriculture familiale.

Cultiver en prenant soin est une « sorte d’éducation des choses », selon l’expression de Jean-Jacques Rousseau, qui pourrait s’avérer être l’éducation nécessaire à l’essor d’une culture démocratique bien comprise et d’une configuration où culturer, acculturer, cultiver, se cultiver, deviennent complémentaires et ajustés.

1. DE LA CULTURE DE LA TERRE A LA CULTURE DE SOI

L’agriculture apporte cet aspect du processus de civilisation le plus durable et le plus humain. L’individu puise dans la production des plantes, son alimentation, sa subjectivité, sa personnalité, son goût d’indépendance.

« Faire fleurir le désert » : Adam à Eve

Selon la bible, Adam est celui que Dieu met dans le jardin qu’il a créé pour le cultiver et le garder. Adam transforme le jardin qui a besoin de lui pour se conserver. Le développement de l’un dépend de celui de l’autre. Nature et culture sont solidaires. Cultiver et garder sont indissociable. Adam n’est ni le maître tout-puissant ni le docile serviteur. La politique de la nature ne repose ni sur le savoir, le contrôle, l’appropriation ou le pouvoir : elle est d’emblée écologique. Garder le jardin, c’est le conserver, se mettre à son service, le protéger, favoriser ses intérêts, restaurer, éloigner les prédateurs, attendre, anticiper, économiser, recycler… Travailler dans le jardin apporte tout ce qui est nécessaire à l’homme pour son humanisation : aliments, plaisirs esthétiques, acquisition du savoir-faire, transmission, qualités morales… Travailler dans le jardin est la condition humaine.

Aux antipodes de la terre normalement cultivée se trouve la terre désolée, sans beauté et sans attrait, qui ne « répond » plus, marque de l’échec d’un peuple et de sa culture. L’exil est la conséquence de l’épuisement de la terre.

L’éloge du petit paysan indépendant en Amérique

Pour Jefferson, la réalisation de soi, le but de l’expérience démocratique, passe par la participation active de chacun à l‘organisation de sa propre existence, au plan individuel comme au plan collectif. Les vertus publiques et les vertus citoyennes ne se développent nulle part mieux qu’à la ferme : les cultivateurs de la terre sont les citoyens les plus vigoureux, les plus indépendants, les plus vertueux, les plus attachés à leur pays. Un citoyen indépendant est celui qui gouverne ses affaires et se gouverne lui-même. Cultiver la terre implique de la considérer comme la partenaire d’un jeu auquel on peut perdre ou gagner. Face à l’imprévisibilité de la nature, la sociabilité apporte solidarité, réconfort et complémentarité.

Aux Etats-Unis, en 1730, le général Oglethorpe fait interdire l’esclavage à Savannah d’où naquit un grand projet. En l’absence d’esclaves, les fermiers, contraints de s’entraider, formèrent une communauté « vertueuse » à l’abri du goût du pouvoir, du clientélisme, des aléas de la consommation, de la servilité, de la corruption… Jefferson écrivait : « Je pense que nos gouvernements resteront vertueux pendant de nombreux siècles et le demeureront tant que prévaudra l’agriculture. Et ce sera le cas tant qu’il restera des parcelles de terre disponibles partout en Amérique.

Comment « se tenir sur la terre » ?

Comme le dit le paysan Fukuoka, cultiver la terre, c’est l’assister. En se familiarisant avec la discipline de la nature, le paysan respecte ses lois et tente d’en faire les règles de sa propre vie. Il participe à la nature, pas dans la nature mais en présence de la Nature.

Le jardinage comme éducation

Il y a urgence à forger l’écocitoyenneté sans laquelle il n’y aura pas de futur pour l’humanité. Aujourd’hui le jardinage acquiert une pertinence nouvelle et décisive. Il présente l’avantage de combiner plusieurs finalités : indépendance, sécurité alimentaire, augmentation du produit net, intégration sociale, sociabilité et épanouissement individuel. Les défaillances du système de complémentarité entre l’individu et l’environnement provoque tristesse, étiolement du sujet et sa perte d’intensité. En l’absence d’une réponse au trouble passif qui interrompt sa trajectoire de vie ou en menace l’équilibre et le rythme, l’individualité ne se développe pas : elle végète ou s’érode.

L’expérience apporte à l’école le sas de liberté et la marge de manœuvre dont l’élève a besoin pour développer son individualité, sa capacité d’autogouvernement, d’autodéveloppement. Le jardin assure un entraînement à l’expérience. Selon Maria Montessori, le jardinage est un accélérateur sensoriel essentiel à l’école de la liberté.   En cultivant sa plante, l’enfant identifie progressivement l’attitude de l’adulte à son égard, ce qui développe sa conscience morale et sa capacité d’adulte futur. Quand un enfant s’aperçoit qu’une plante dépérit s’il oublie de l’arroser, il se sent investi d’une mission dans la vie. Il s’initie à la vertu de la patience et de l’attente confiante ce qui est une forme de foi et de philosophie de la vie. » Goethe voyait dans l’amour du jardinage un amour de la dépendance volontaire. Le jardinage est une éducation par l’expérience. Et l’expérience n’est véritablement une expérience que si elle est son expérience. Elle ne se délègue pas. L’expérience d’autrui n’a aucune valeur éducative. Jardiner c’est s’auto-éduquer.

2. LES JARDINS PARTAGES, LABORATOIRE DE LA SOCIABILITE

L’épanouissement d’individualités indépendantes implique certaines qualités sociales : solidarité, transmission, partage, coopération, égalité des tâches. Un jardin partagé implique le commun, le social, le personnel et l’individuel.

En finir avec les utopies agraires

Grâce au jardinage, l’ouvrier développe les vertus morales qui contrebalancent les vices contractés à la ville : agitation, excitation politique. La raison d’être des jardins ouvriers était un moyen de rétablir l’ordre moral.

L’utopie contre l’expérience

Les kolkhozes soviétiques instaurés par Staline, les coopératives au Laos, en Chine et au Viet Nam qui dépendent du gouvernement ont tous échoués. Un jardin communautaire ne se décrète pas mais se constate. Le lopin de terre jouer le rôle d’adaptation à des conditions imposées, coercitives, à la pauvreté, à la crise en apportant des revenus et la satisfaction au travail. En France, les jardins ouvriers sont encouragés par l’Abbé Lemire en périphérie de la ville pour favoriser l’intégration sociale et la réhabilitation. Aujourd’hui les jardins partagés proviennent de traditions et d’initiatives individuelles.

« Il faut cultiver notre jardin »

« Un laboureur était parvenu au terme de sa vie. Comme il souhaitait faire savoir à ses enfants ce qu’est la culture de la terre, il les fit venir près de lui. « Mes enfants, leur dit-il, l’heure est venue pour moi de mourir ; quant à vous, rien ne vous manquera si vous cherchez ce que j’ai caché dans ma vigne. » Les enfants pensèrent qu’il parlait d’un trésor et, leur père mort, ils bêchèrent la vigne à fond. De trésor, ils ne trouvèrent point mais la vigne bien labourée donna du fruit en surabondance. C’est le travail qui est un trésor. » Esope

La parcelle est au jardin entier ce que l’individu est au groupe… comme chaque plante, chaque individu joue un rôle et détermine son action future en fonction des effets de son influence. Le jardin partagé présente un paysage équilibré. Les ouvriers, les citadins, les travailleurs en tout genre se retrouvent entre amis et en famille en conversent avec plaisir sur les plants, les fleurs, les graines, les cours, les moments artistiques. Le jardin cultive la communauté.

Des « jardins ouvert et néanmoins clôturés »

Le jardin partagé est ouvert comme ceux de Todmorden dont le principe est que l’abondance vient du partage. Toute la nourriture est partagée dans ce village à 27 km de Manchester où la solidarité est exceptionnelle. (Voir livre « Les incroyables comestibles). Il ouvert et fermé à ceux qui y participent de façon naturelle.

L’égalité des jardiniers

Les distinctions entre savants et ignorants, entre experts et hommes de la rue, entre élite et ordinaires sont complètement estompées dans le jardin. C’est une égalité culturelle. A New York où 229 jardins partagés abritent des jardiniers originaires de multiples pays différents, on mélange tout, on emprunte, on donne… Nulle part ailleurs que là, les spécificités culturelles sont reconnues.   Les individus participent avec leur héritage culturel à l’élaboration d’une culture commune. Au jardin, chaque groupe culturel est pleinement lui-même et relié aux autres. Le jardin rétablit les liens sociaux que tous les autres facteurs contribuent à défaire. La culture de la terre est un tremplin vers la culture de soi, comme vers la culture de la vie sociale. Le jardinier-paysan porte en lui le souci des générations futures et l’intégration des hommes dans une histoire qui est de leur fait.

Comme le disait l’essayiste américain Emerson : « le paysan amasse une fortune qu’il ne peut emporter dans sa tombe et qui est utile à son pays longtemps après sa mort. » Ce paysan est un bienfaiteur permanent.

Le jardin, un plan de réinsertion sociale

Lorsque James Oglethorpe débarque en Caroline à bord à Savannah en 1732 à bord d’un navire avec quelques autres 114 personnes, il fonde une ville dont l’exemple est le premier en matière de planification urbaine. Elle correspond à un plan de réinsertion sociale de l’époque destiné à accueillir les pauvres, les repris de justice, les insolvables, les délinquants, les « bons pauvres » qui ont étés ruinés à Londres. Savannah est une ville urbaine et agricole où combine individualité et communauté, progrès et subsistance. Chaque quartier est associé à une ferme et un jardin potager. La conception de Savannah est un bouclier de protection contre les troubles sociaux de la rue comme la drogue, les armes, la prostitution…

Guérir en jardinant

Le jardin partagé est aussi un puissant antidote à l’enfermement en soi, à la perte d’initiative. Le jardin, siège de l’âme et du corps, c’est prendre soin à double sens : du jardin et de soi. Le patient reprend contact avec la réalité, élargit son champ de conscience, restaure son estime de soi, retrouve le sens du réel que seul procure le sentiment de partage d’un monde aimable. Prendre soin permet de soigner. L’individu et la société s’apportent assistance, soin, gardiennage. La connaissance est un moyen de partage et de communication. Jardiner réaménage l’existence urbaine que la vision de la grande ville dénaturée a rendu précaire, sauvage, solitaire et impersonnelle. Et les enfants réalisent enfin que les aliments ne poussent pas sur les étagères des supermarchés.

III. POLITIQUES DU JARDINAGE

« Trente-cinq millions de brutes »

En France, après l’empire, il s’agit d’éduquer la masse inerte marquée par une « profonde couche d’imbécillité rurale et de bestialité provinciale », « les trente cinq millions de brutes ». Les paysans qui sont pourtant en majorité sont tenus pour des va-nu-pieds inaptes à la citoyenneté et systématiquement écartés du pouvoir.

Les paysans inventèrent l’autogouvernement démocratique

Des formes de gouvernement paysan locales s’organisent, plus démocratiques que bien d’autres organisations politiques. Les paysans disposent d’une conscience politique articulée autour du « vivre-ensemble » et ont précocement développé des systèmes d’autogouvernement. Mais petit à petit, l’Etat centralisateur est intervenu.

Cultiver la terre ne justifie pas de se l’approprier

Le fait de cultiver la terre justifie que les hommes soient reconnus comme des résidents temporaires et jouissent d’un « droit de séjour ». Dans la Bible, l’existence d’une alliance entre la terre et les hommes qui y trouvent leurs moyens de subsistance n’implique pas que Dieu la leur ait donné. L’appropriation de la terre n’a aucun sens.

Au commencement, le monde était comme la grande Amérique

Avec l’apparition de la monnaie, c’en est fini de s’approprier ce dont on a simplement besoin. Pour échanger l’individu prend plus que sa part. L’échange justifie de produire et de collecter plus qu’on ne peut consommer. La valeur naturelle des choses en est altérée : l’accumulation prend le pas sur la modération.

Le cultivateur est un résident temporaire…

A Savannah, la terre était divisée en parcelles égales dont chacun avait la responsabilité quelque soit sa race, son origine, sa confession, sa fortune a besoin. Le cultivateur est un résident temporaire qui cultive d’autant mieux sa terre qu’il évite de s’en instituer le propriétaire absolu. En mettant en avant leur droit de cultiver, le paysan plaide pour la sécurité alimentaire, l’indépendance, l’association libre et le droit de jouir d’une citoyenneté à part entière. Avec l’économie de marché, l’état paysan a fait place au métier d’agriculteur.

Des enclosures à l’accaparement mondial des terres

En 1944, Georges Orwell faisait remarquer que les « prétendus propriétaires de terre » s’en emparaient simplement par la force en embauchant des avocats pour qu’ils légalisent leur appropriation. Aujourd’hui les multinationales mettent la main sur des terres communautaires et des réserves écologiques pour contrôler les marchés des produits agricoles, les accès à l’eau ou la production des biocarburants. Ce phénomène continue de prendre des proportions inédites à l’échelle planétaire, et ce, au mépris des équilibres locaux, de la biodiversité, et des populations.

Green Guerilla

Comme dans le passé, les mouvements paysans luttent pour que soit reconnu à la terre le statut de « terre des hommes », lieu commun où vivre, source de vie et de citoyenneté. Les paysans veulent privilégier le circuit court, la qualité des aliments, l’environnement, le choix des semences… En effet, la démocratie selon Lincoln est un « gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple ».   Aujourd’hui faire la guerre en jardinant est le moyen d’agir ici et maintenant afin de reconstituer une société civile dont les membres affrontent ensemble la société industrielle et la crise qui les affecte face à la défection des pouvoirs publics.

4. DE LA TERRE CULTIVEE A LA CULTURE DEMOCRATIQUE

L’agriculture partagée est une forme d’une grande efficacité pour promouvoir l’ensemble des valeurs démocratiques : développer son individualité, conduire des expériences jusqu’au bout, éprouver physiquement et intellectuellement l’indépendance des phénomènes naturels, mutualiser les ressources, échanger des connaissances, transmettre, éduquer, accueillir les étranger… Aucun des éléments constitutifs d’une culture démocratique n’est étranger aux jardins partagés.

« En raison des méfaits de l’agriculture conventionnelle qui a cessé de produire les environnements dont les humains et la terre dépendent pour leur renouvellement réciproque, les paysans retrouvent dans l’urgence leur mission première : celle de faire de la planète une « terre des hommes » et de prendre soin de la terre qui leur est commune. »

IL NOUS FAUT CULTIVER NOTRE JARDIN !

 

Laurence de Vestel – ©Oltome.com 2016