Vers la sobriété heureuse

Vers la sobriété heureuse

Vers la sobriété heureuse

Pierre RABHI

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A propos du livre

Vers la sobriété heureuse est un livre remarquable et écrit avec le coeur ! Pierre Rabhi écrit magnifiquement bien et il a le don de mettre les mots justes sur ses ressentis, émotions, colères, actions,…  Il dit : « En 1950, j’avais alors vingt ans, et la modernité m’est apparue comme une immense imposture. »… J’admire cet homme courageux qui a su vivre et agir en cohérence avec ses convictions les plus profondes.  C’est vrai, vivre en concordance avec ses convictions, agir comme on pense et faire ce que l’on dit, demande beaucoup de courage, de persévérance, d’audace (… et une pointe d’entêtement !).  Ces hommes qui osent sont souvent les plus accomplis.  Par son exemple, il nous offre la preuve que vivre en lien avec la nature est le meilleur -si pas le seul- pour vivre en paix avec soi-même.  Pour moi, Pierre Rabhi est un des meilleurs exemples d’une vie réussie et si nous voulons lui ressembler un tant soit peu… imitons sa capacité à se modérer et à tendre vers la sobriété heureuse !

Un modèle qui ne peut produire sans détruire porte en lui-même les germes de sa propre destruction. Le temps semble venu d’instaurer une politique de civilisation fondée sur la puissance de la sobriété.

Biographie de l'auteur
Pierre Rabhi, né en 1938 à Kenadsa, en Algérie. Fils d’un forgeron du sud algérien et orphelin de mère à l’âge de 5 ans, il est confié à un couple d’Européens qui lui offre une éducation française tout en conservant l’héritage de sa culture d’origine. En 1960, ouvrier dans une entreprise parisienne, il quitte Paris avec son épouse pour s’installer en Ardèche, où il crée une ferme sur un terrain particulièrement aride, après avoir découvert les principes de l’agriculture biologique et écologique. En 1981, il commence à transmettre son savoir-faire et met en place plusieurs programmes de formation en Europe et en Afrique. En 1997, il est appelé par l’ONU en tant qu’expert international de la lutte contre la désertification à proposer des solutions concrètes dans les pays arides. Il se lance en politique pour la présidentielle et suscite d’emblée une mobilisation exceptionnelle. Il est l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux », laboratoire d’expérimentations d’intérêt général. Il est auteur, romancier et poète français, et consacre sa vie à défendre un mode de société plus respectueux de l'homme et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et préservant les ressources naturelles, l'agroécologie. Il est le père de l'ingénieur Vianney Rabhi  et de Sophie Rabhi-Bouquet. Il a publié en 2014 « Vers la sobriété heureuse », véritable succès qui démontre les dangers de la mondialisation et ses conséquences.
Synthèse & résumé

Un modèle qui ne peut produire sans détruire porte en lui-même les germes de sa propre destruction. Le temps semble venu d’instaurer une politique de civilisation fondée sur la puissance de la sobriété.

 

Les semences de la rébellion

En Algérie, dans les années 50, c’en est fini de savourer le temps. Il ne faut plus perdre de temps, il faut travailler, aller plus vite, se mettre à l’heure de la nouvelle civilisation. Vit-on pour travailler ou travaille-t-on pour vivre ? L’ère du travail en tant que raison d’être est révolue. Pierre Rabhi a 20 ans.   « Le germe de la rébellion a fini par éclore. La modernité m’est apparue comme une immense imposture. »

Les camarades de Rabhi qui croyaient au progrès déchantent. Un malaise s’installe… la joie de vivre ne s’achète pas, le plus-avoir ne rime pas avec mieux-être. Mai 68 s’insurge contre la société de consommation et aspire à de la modération car « surabondance et bonheur ne vont pas forcément de pair ». Les citoyens des pays prospères doivent être mobiles, pour garder un travail. Ils sont devenus des électrons hyperactifs hyper-stressés.

Quant aux paysans, considérés comme les attardés du progrès, ils ont été appelés sous les drapeaux pendant la guerre, et ensuite, ils ont du compenser les énormes déficits alimentaires lors de l’après-guerre.. C’est à l’énergie physique des paysans que la révolution industrielle doit son envol et qui a provoqué un véritable exil. Les paysans, intendants millénaires de la terre nourricière sont en voie de disparition. C’en est fini du paysan souverain libre en son petit royaume.

 

La modernité. Une imposture ?

« La modernité est l’idéologie la plus hypocrite de l’histoire humaine.  Les acquis positifs de la modernité ne sont malheureusement pas venus enrichir les acquis antérieurs, comme si le génie de l’humanité n’avait été avant nous qu’obscurantisme, ignorance et superstition ».

Aujourd’hui, l’aspiration à plus de sens et à plus de bonheur de vivre dans la légèreté, ne cesse de croitre car l’individu prend conscience du caractère carcéral du système actuel. Il vit un enfermement. Il travaille en boîte, se divertit en boîte, part dans sa caisse, obsédé par l’écran de sa télévision, au milieu de serrures, de codes d’entrée, de caméra de surveillance… L’accès à l’information illimité donne une sorte d’hypermarché de l’information où tout et son contraire cohabitent. Faire silence, une diète d’information est aujourd’hui un acte de sobriété des plus bénéfiques ! « La modération est certainement un des moyens qui peut permettre au génie humain d’être au service de l’humain et du vivant. »

La modernité a évacué de la nouvelle pensée ce qu’on appelle la spiritualité pour la livrer à la vulgarité de la finance. Tout ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur. L’argent rend l’humanité folle. L’homme est possédé par ce qu’il croit posséder. Pierres précieuses, diamants, or méritent-ils le sacrifice de tant de vies de mineurs pour que des femmes puissent les exhiber pour ainsi affirmer leur appartenance au monde des riches ?. « La finance donne cette sensation vaniteuse de puissance qui sert probablement d’antidote à la peur de l’insignifiance et de la finitude d’une vie humaine qui devient dérisoire lorsqu’elle ne se relie pas à la somptuosité du monde ». Or, l’or ne se mange toujours pas…

Les repères universels qui ont trait à la vie, à la mort, à la souffrance, à la métaphysique sont bouleversés. Dans le temps de nature cosmique, c’est nous qui passons pour aller vers un ailleurs pressenti. Dans la modernité, c’est le temps qui passe, indexé sur l’argent. « Les occidentaux inventent des outils pour gagner du temps et sont obligés de travailler jour et nuit ! ». Notre monde n’en devient que plus vulnérable et incohérent.

 

La sobriété, une sagesse ancestrale

« Naguère, dans un village africain de 200 personnes, il était presque impossible de collecter 150 euros ». L’argent n’existait pas et n’avait pas lieu d’exister ! Le troc et l’échange étaient le mode de régulation des biens. Le travail artisanal répondait à tous les besoins. Les assurances, les retraites, les sécurités sociales étaient assurées par un principe d’assistance mutuelle directe de génération à génération. Tout était sacré. Le lien social était si puissant que la solitude était inexistante. La mort était vécue comme un événement ayant un sens très concret. « La sagesse millénaire donnait une sobriété tranquille et heureuse qui faisait advenir en nous cette gratitude qui donne la plénitude de leur valeur à tous les présents de la vie, et à notre présence au monde. » Aujourd’hui, c’est l’argent, maître absolu, qui décide ce que sont les richesses et la pauvreté.

L’ « économie » est la négation même de l’économie. Le fameux « rien ne se crée, rien ne se perd » met en évidence que la nature n’a pas de poubelles et qu’elle a le gaspillage en horreur. Le peuple sioux vivait de sa chasse et ne prélevait que ce dont il avait besoin. Le gaspillage était défendu par leur morale, c’était une offense à la nature. Ce peuple avait compris que rien ne leur appartenait.

La sobriété heureuse relève pour Pierre Rahbi du domaine du mystique et du spirituel. « Il est dommage que le temps passé à essayer de savoir s’il existe une vie après la mort ne soit pas consacré à comprendre ce qu’est la vie, et, en comprenant son immense valeur, à agir pour un faire un chef-d’œuvre inspiré par un humanisme vivant et actif, au sein duquel la modération serait un art de vivre. »  « Dieu donne pour que l’on donne ».

 

Vers la sobriété heureuse

En Algérie, orphelin de mère à 4 ans, Pierre Rahbi a été confié par son père forgeron à un couple de Français sans enfant. Il explique ses difficultés à grandir loin de sa famille traditionnelle et à assumer son appartenance à deux cultures porteuses de valeurs souvent contradictoires : tradition et modernité, islam et christianisme, nord et sud,… Adolescent, il s’intéresse aux philosophes, humanistes, mystique, à l’histoire. A la fin des années 50, il quitte l’Algérie pour la France. Il rencontre sa femme Michèle et travaille comme ouvrier. En 1961, il décide, sans un franc, de s’installer dans la Cévenne ardéchoise et d’acheter une petite ferme en contractant un emprunt soumis à la condition d’avoir des connaissances agricoles. Pierre Rahbi passe son brevet. Il vit là depuis 45 ans en ayant choisi la sobriété heureuse consciemment comme art de vivre.

Il est évident que des révoltes incontrôlables, de plus en plus violentes vont se multiplier si l’on ne met pas fin à la logique inhumaine d’aujourd’hui qui produit souffrance et indifférence. Sans renonciation à la surabondance et au lucre, rien ne sera possible. Cette autolimitation volontaire individuelle et collective doit devenir un art de vivre.

Les femmes sont les meilleures protectrices de la vie. « Peut-être devons-nous nous demander en un dernier courage aux femmes gardiennes de l’eau, du feu, de la terre de la Vie, de gravir les grandes éminences sacrées et faire offrande au Crépuscule du reste de notre ferveur pour que demain ne soit pas sans lumières ».

L’éducation est aujourd’hui une machine à fabriquer des soldats de notre société économique dans un terrible climat de compétition. La pédagogie devrait former l’humain à « être », à naître à lui-même, à devenir un être humain accompli, capable de penser, critiquer, créer, maîtriser ses émotions et spirituel. L’école doit être le lieu aujourd’hui de l’éducation à la sobriété. Si nous pouvons nous demander « Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? », nous pouvons également nous soucier de « Quels enfants laisserons-nous à notre planète ? »

Devant le dénuement de beaucoup, l’arrogance des grands nantis, les personnes âgées démunies, le sort réservé aux animaux, comment ne pas pressentir un immense cyclone social ? Que de gâchis, de déchets, de gaspillage de la part des Etats ! On ne peut que s’indigner !

Mais indignons-nous de manière constructive. « Considérons le passé comme un patrimoine à réhabiliter et à harmoniser avec ce que la modernité a produit de positif et que l’appât du gain a pris en otage en le privatisant. » Action et réaction constituent la trame de l’histoire. L’avenir ne sera que ce que nous en ferons et rien d’autre. Pierre Rabhi appelle à l’insurrection des consciences. Seul le choix de la sobriété, de la modération de nos besoins et désirs permettra de rompre avec la tyrannie de la finance et de la mondialisation !

 

Laurence de Vestel, septembre 2015 – © Oltome.com