Une vie bouleversée

Une vie bouleversée

Une vie bouleversée

Etty HILLESUM

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A propos du livre

Etty Hillesum est née en 1914 à Middelbourg aux Pays-Bas dans une famille juive libérale. Elle a 27 ans lorsqu’elle entame à Amsterdam, une thérapie avec Julius Spier en 1941 qui devient en quelque sorte son maître spirituel, « l’accoucheur de mon âme » dira-t-elle. Julius Spier lui conseille d’entretenir un journal intime qu’elle commencera à tenir en mars 1941 et qui se terminera à sa mort, à Auschwitz, en novembre 1943. Dans son journal, « Une vie bouleversée », Etty raconte l’inexorable spirale qui a conduit les juifs néerlandais en masse vers les camps de transit puis vers la mort en déportation. Mais elle évoque également son évolution spirituelle qui témoigne d’un indéfectible amour de la vie et de sa foi inébranlable en l’Humain alors qu’elle le voit quotidiennement accomplir les crimes les plus odieux.   Etty, ses parents, son frère Mischa mourront à Auschwitz en 1943 et son frère Jaap à Bergen-Belsen en 1945.   Le journal d’Etty donnera une postérité à toute la famille par sa valeur historique, spirituelle et littéraire.

Biographie de l'auteur
Etty Hillesum
Etty Hillesum est née en janvier 1914 à Middlebourg, aux Pays-Bas dans une famille juive libérale. Elle a 27 ans lorsqu'elle entreprend à Amsterdam une thérapie avec Julius Spier en 1941 qui devient en quelque sorte son maître spirituel, « l’accoucheur de mon âme » dira-t-elle. Julius Spier lui conseille d’entretenir un journal intime qu’elle commencera à tenir en mars 1941 et qui se terminera à sa mort, à Auschwitz, en novembre 1943. Dans son journal, Etty raconte l’inexorable spirale qui a conduit les juifs néerlandais en masse vers les camps de transit puis vers la mort en déportation. Mais elle évoque également son évolution spirituelle qui témoigne d’un indéfectible amour de la vie et de sa foi inébranlable en l’Humain alors qu’elle le voit quotidiennement accomplir les crimes les plus odieux.   Etty, ses parents, son frère Mischa mourront à Auschwitz en 1943 et son frère Jaap à Bergen-Belsen en 1945.   Le journal d’Etty donnera une postérité à toute la famille par sa valeur historique, spirituelle et littéraire.
Synthèse & résumé

Etty Hillesum est née en 1914 aux Pays-Bas dans une famille juive libérale.  A Amsterdam, elle entreprend une thérapie avec Julius Spier en 1941 qui devient en quelque sorte son maître spirituel, « l’accoucheur de mon âme » dira-t-elle.  Julius Spier lui conseille d’entretenir un journal intime qu’elle commencera à tenir en mars 1941 et qui se terminera à sa mort, à Auschwitz, en novembre 1943. Dans son journal, Etty raconte l’inexorable spirale qui a conduit les juifs néerlandais en masse vers les camps de transit puis vers la mort en déportation. Mais elle évoque également son évolution spirituelle qui témoigne d’un indéfectible amour de la vie et de sa foi inébranlable en l’Humain alors qu’elle le voit quotidiennement accomplir les crimes les plus odieux.   Etty, ses parents, son frère Mischa mourront à Auschwitz en 1943 et son frère Jaap à Bergen-Belsen en 1945.   Le journal d’Etty donnera une postérité à toute la famille par sa valeur historique, spirituelle et littéraire.

 

Extraits :

« L’essai le plus mince, le plus insignifiant que tu parviens à écrire vaut mieux que tout le flot d’idées grandioses dont tu te grises… Un peu d’hygiène mentale, que diable ! Ton imagination, tes émotions intérieures, etc., sont le grand océan sur lequel tu dois conquérir de petits lambeaux de terre, toujours menacés de submersion.  L’océan est un élément grandiose mais l’important, ce sont ces petits lambeaux de terre que tu sais lui arracher. » 

« Je vais tous les matins, avant de me mettre au travail, me « tourner vers l’intérieur », rester une demi-heure à l’écoute de moi-même.  « Rentrer en moi-même ».  Je pourrais dire aussi : méditer. »

« Je voudrais te demander de ne pas trop te regarder dans la glace, tête de linotte.  Ce doit être affreux d’être une beauté, on est coupée de sa vie intérieure parce que aveuglée par cette apparence éclatante.  Et vos semblables ne réagissent d’ailleurs qu’à cette beauté extérieure, si bien qu’intérieurement on se ratatine peut-être complètement.  Le temps que je passe devant le miroir, je pourrais l’employer plus utilement ».

« Il y a en moi un puits très profond.  Et dans ce puits, il y a Dieu.  Parfois je parviens à l’atteindre.  Pais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli.  Alors il faut le remettre au jour. Il y a des gens, je suppose, qui prient les yeux levés vers le ciel.  Ceux-là cherchent Dieu en dehors d’eux.  Il en est d’autres qui penchent la tête et la cachent dans leurs mains, je pense que ceux-ci cherchent Dieu en eux-mêmes. » 

« Je me rappelle qu’un jour j’ai vu ma mère manger lors d’un banquet… Elle mangeait avec avidité et passion… Cette gloutonnerie semblait indiquer qu’elle avait peur d’être privée de quelque chose dans la vie.  Cette peur de ne pas tout avoir dans la vie, c’est elle justement qui vous fait tout manquer.  Elle vous empêche d’atteindre l’essentiel. »

« Mon Dieu, prenez-moi par la main, je vous suivrai bravement, sans beaucoup de résistance.  Je ne me déroberai à aucun des orages qui fondront sur moi dans cette vie, je soutiendrai le choc avec le meilleur de mes forces.  Mais donnez-moi du temps à autre un court instant de paix. Et je n’irai pas croire, dans mon innocence, que la paix qui descendra sur moi est éternelle, j’accepterai l’inquiétude et le combat qui suivront.  J’aime à m’attarder dans la chaleur et la sécurité, mais je ne me révolterai pas lorsqu’il faudra affronter le froid, pourvu que vous me guidiez par la main. Je vous suivrai partout et je tâcherai de ne pas avoir peur.  Où que je sois j’essaierai d’irradier un peu d’amour, de ce véritable amour du prochain qui est en moi. Je ne veux rien être de spécial.  Je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi, mais cherche encore son plein épanouissement.  Malgré le dégoût et la lassitude qui m’assaillent parfois, je m’engage à épuiser les possibilités de cette vie et à progresser coûte que coûte. » 

« Je commence à me rendre compte que lorsqu’on a de l’aversion pour son prochain, on doit en chercher la racine dans le dégoût de soi-même.  « Aime ton prochain comme toi-même ».  Je sais aussi que c’est toujours moi, et jamais lui, qui porte la responsabilité de tels sentiments… A vouloir modeler l’autre sur l’image qu’on se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et l’on est toujours trompé, non par l’autre, mais par ses propres exigences. » 

« Qu’importe si j’étudie une page de plus ou de moins ? L’essentiel est d’être à l’écoute de son rythme propre et d’essayer de vivre en le respectant.  D’être à l’écoute de ce qui monte de soi.  Nos actes ne sont souvent qu’imitation, devoir supposer ou représentation erronée de ce que doit être un être humain.  Or la seule vraie certitude touchant notre vie et nos actes ne peut venir que des sources qui jaillissent au fond de nous-mêmes.  Je le dis en cet instant avec beaucoup d’humilité et de gratitude : « Mon Dieu, je te remercie de m’avoir faite comme je suis. Je te remercie de me donner parfois cette sensation de dilation, qui n’est rien d’autre que le sentiment d’être pleine de toi.  Je te promets que toute ma vie ne sera qu’une aspiration à réaliser cette belle harmonie, et à obtenir cette humilité et amour vrai dont je sens en moi la possibilité à mes meilleurs moments. »

« On ne peut dire que tout est hasard, émaillé ça et là d’une amourette ou d’une aventure captivante.  On a peu à peu le sentiment d’un destin où les faits s’organisent l’un après l’autre ne une série significative. »  

« Quand on a une vie intérieure, peu importe, sans doute, de quel côté des grilles d’un camp on se trouve. » 

« Quand je cesse d’être sur mes gardes pour m’abandonner à moi-même, me voilà tout à coup reposant contre la poitrine nue de la vie, et ses bras qui m’enlacent sont si doux et si protecteurs… Tel est une fois pour toutes, mon sentiment de la vie, et je crois qu’aucune guerre au monde, aucune cruauté humaine si absurde soit-elle n’y pourra rien changer. »

« Cette après-midi, regardé des estampes japonaises. Frappée d’une évidence soudaine : c’est ainsi que je veux écrire.  Avec autant d’espace autour de peu de mots.  Je hais l’excès de mots.  Je voudrais n’écrire que des mots insérés organiquement dans un grand silence, et non des mots qui ne sont là que pour dominer et déchirer ce silence. Il faut si peu de mots pour dire les quelques grandes choses qui comptent dans la vie.  Si j’écris un jour, je voudrais tracer ainsi quelques mots au pinceau sur un grand fond de silence… » 

« L’activité intellectuelle, cette vie intérieure intense, n’ont de valeur que si elles peuvent se poursuivre dans toutes les situations, même les plus extrêmes ; et si on ne peut les poursuivre en pratique, dans les faits, qu’on le fasse au moins intérieurement, mentalement. Sinon, tout ce que je fais maintenant n’est que luxe intellectuel. »

« Pour humilier, il faut être deux.  Celui qui humilie et celui qu’on veut humilier, mais surtout : celui qui veut bien se laisser humilier.  Si ce dernier fait défaut, en d’autres termes si la partie passive est immunisée contre toute forme d’humiliation, les humiliations infligées s’évanouissent en fumée.  Ce qui reste, ce sont des mesures vexatoires qui bouleversent la vie quotidienne, mais non cette humiliation ou cet oppression qui accable l’âme. »

« La vraie spoliation c’est nous-mêmes qui nous l’infligeons. » 

« Mieux vaut se former soi-même volontairement à l’abstinence en temps de relative abondance, que de le faire contraint et forcé en temps de disette.  Ce qu’on a obtenu librement de soi-même est plus solidement fondé et plus durable que ce qui s’est développé sous la contrainte… Nous devons nous affranchir suffisamment des choses matérielles et extérieures pour permettre à l’esprit de poursuivre sa voie et de faire son œuvre en toutes circonstances. »

« La souffrance a toujours revendiqué sa place et ses droits, peu importe sous quelle forme elle se présente.  Ce qui compte, c’est la façon de la supporter, savoir lui assigner sa place dans la vie tout en continuant à accepter cette vie. »

 « J’ai réglé mes comptes avec la vie.  Je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie, c’est élargir cette vie.  A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Cela semble un paradoxe : en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète, et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie. »

 « Il m’apparaît que tu ne peux pas nous aider, mais que c’’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous. Il y a des gens qui au dernier moment tâchent de mettre en lieu sûr des aspirateurs, des fourchettes et des cuillers en argent, au lieu de te protéger, toi, mon Dieu.  Et il y a des gens qui cherchent à protéger leur propre corps qui pourtant n’est plus que le réceptacle de mille angoisses et de mille haines.  Ils disent : « Moi ne je tomberai pas sous leurs griffes »…  Ils oublient qu’on n’est jamais sous les griffes de personne tant qu’on est dans tes bras. »

« En tout lieu de cette terre on est chez soi lorsqu’on porte tout en soi. » 

« Il faut apprendre à vivre avec soi-même comme avec une foule de gens.  On découvre alors en soi tous les bons et les mauvais côtés de l’humanité.  Il faut d’abord apprendre à se pardonner ses défauts si l’on veut pardonner aux autres.  C’est peut-être l’un des apprentissages les plus difficiles pour un être humain que celui du pardon de ses propres erreurs, de ses propres fautes.  La condition première en est de pouvoir accepter, et accepter généreusement, le fait même de commettre des fautes et des erreurs. » 

« Que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres.  Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu’il n’est déjà. »

 « Si paradoxal que cela puisse paraître : lorsque l’on met trop d’acharnement à rechercher la présence physique d’un être aimé, lorsqu’on jette toutes ses forces dans le désir d’être auprès de lui, au fond on ne lui rend pas justice.  Car on ne garde plus aucune force en réserve pour être réellement avec lui. »

 

Laurence de Vestel – Oltome 2017