Sapiens – Une brève histoire de l’humanité

Sapiens

Sapiens – Une brève histoire de l’humanité

Yuval Noah HARARI

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A propos du livre

Sapiens, c’est le livre de l’année 2015 à mettre en toutes les mains !  Il n’y a pas d’histoire plus captivante que celle de notre créature.  Yval Noah Harari nous retrace plus de 70.000 années de notre histoire dans un langage clair, captivant et haletant.  Impossible à lâcher ! Un livre visionnaire qui remet profondément en cause !

Il y a 100 000 ans, la Terre était habitée par au moins six espèces différentes d’hominidés. Une seule a survécu. Nous, les Homo Sapiens. Comment notre espèce a-t-elle réussi à dominer la planète ? Pourquoi nos ancêtres ont créé des villes et royaumes ? Des concepts de religion, de nation, de droits de l’homme ? D’où vient que l’argent est parvenu à supplanter « Dieu ».  Comment en est on arrivés à devenir esclaves de la bureaucratie, des horaires, et de la consommation de masse ? Et à quoi ressemblera notre monde dans le millénaire à venir ? En 70000 ans, Homo sapiens s’est transformé en maître de la planète entière et en terreur de l’écosystème.  Il est en passe de devenir un Dieu.  Mais n’y a-t-il rien de plus dangereux que des dieux insatisfaits et irresponsables qui ne savent pas ce qu’ils veulent ?

 

Biographie de l'auteur
Yval Noah Harari
Yuval Noah Harari, est né le 24 février 1976 en Israel.  Il est professeur d'histoire à l'Université hébraïque de Jérusalem.  Il est l'auteur du best-seller international "Sapiens Une brève histoire de l'humanité" paru en France chez Albin Michel en 2016 et déjà traduit dans 30 langues étrangères différentes.  Yuval Noah Harari est végétalien et vit avec son mari dans un Moshav (communauté agricole coopérative) près de Jérusalem.
Synthèse & résumé

PARTIE 1 – LA REVOLUTION COGNITIVE

 

I. Un animal insignifiant

Un sophisme commun est d’imaginer que toutes les espèces antérieures à la notre ne sont que des modèles plus anciens de nous–mêmes. Or, entre 2.000.000 d’années et 10.000 ans passés, le monde a hébergé bien d’autres espèces différentes. Il y a 100.000 ans, au moins 6 espèces d’hommes différentes cohabitaient sur notre planète. Nous avons refoulé avec de bonnes raisons le souvenir de tous nos frères et sœurs et sommes persuadés aujourd’hui d’être la quintessence de la création séparée du règne animal par un gouffre géant !…

Le coût de la pensée

Nous imaginons également qu’en matière de puissance cérébrale plus on en a, mieux c’est. Notre espèce possède un cerveau géant en comparaison des autres. Or, un cerveau géant est épuisant pour le corps ! Le cerveau de Sapiens pèse 2 à 3 % du poids corporel total mais consomme 25 % de l’énergie du corps quand celui-ci est au repos, contre 8% pour le cerveau des autres grands singes. Si Sapiens l’emporte dans une discussion avec un singe, celui-ci peut le déchiqueter comme une poupée de chiffon en un rien de temps.

Les humains naissent sous-développés

Une autre particularité de Sapiens est qu’il marche redressé. Redressé pour mieux observer la savane et guetter le danger, ses bras libérés lui permettent d’accomplir des tâches d’une extrême complexité. Mais l’humain paie sa hauteur de vue et ses mains industrieuses par des migraines et des raideurs dans la nuque. Quand aux femmes, désormais en position droite, leur basin étant devenu trop étroit, elles accouchent prématurément pour que leur bébé puisse passer par le canal utérin. Cet élément explique notre extraordinaire capacité sociale : élever durant de longues années des enfants « prématurés » nécessite l’aide constante des autres membres de la familles et des voisins. Ce qui explique que notre espèce se prête mieux qu’aucune autre à l’éducation et à la socialisation. Nous avons tout le temps de faire de nos enfants des chrétiens, bouddhistes, capitalistes, …

Ainsi un gros cerveau, la capacité à utiliser des outils, de grandes capacités d’apprentissage et de socialisation donnent à Sapiens de gros avantages. Pourtant, durant des millions d’années, les humains ont connu la peur constante des prédateurs et ne chassaient que des petites créatures et ramassaient ce qu’ils pouvaient. Ce n’est que depuis 400.000 ans que Sapiens a commencé à chasser le gros gibier. Et depuis 100.000 ans que l’homme s’est hissé au sommet de la chaîne alimentaire… et ce, sans que l’écosystème ait eu le temps de s’ajuster.

Une race de cuisinier

Il y a 300.000 ans, les humains étaient capables de faire du feu tous les jours. Une étape significative qui leur a apporté lumière, chaleur, arme, mais surtout l’apparition de la cuisine qui a permis à l’humain de manger des aliments plus digestes sans germes et parasites, de passer moins de temps à se nourrir, de raccourcir son tube digestif et de permettre la croissance de son cerveau.

Gardiens de nos frères

Il y a 70.000 ans Sapiens a atteint l’Arabie, puis l’Afrique orientale, puis le bloc continental Eurasien. En Europe et au Moyen-Orient, ils ont rencontrés les Neandertal. Un nettoyage ethnique aurait eu lieu et depuis 10.000 ans, Sapiens est devenue la seule espèce humaine. Auparavant, nous n’étions qu’une espèce d’animal parmi d’autres… Comment se fait-il que nous ainsi refoulé dans les oubliettes toutes les autres espèces d’hommes ? Sapiens a conquis le monde par son langage unique…

II. L’arbre de la connaissance

Il y a 70.000 ans, Sapiens a effacé toutes les autres espèces de la surface de la Terre. Il a inventé les bateaux, les flèches, les aiguilles, les lampes à huiles, des nouvelles façons de penser et de communiquer. C’est cela la révolution cognitive, la mutation de l’Arbre de la Connaissance. Sapiens, est un animal social qui a pu élaborer des formes de coopération élaborées à partir d’une langue qui leur a permis de conquérir le monde ! Un langage dont la caractéristique principale est sa capacité à transmettre des informations sur des choses ou des entités qui n’existent pas, qu’ils n’ont jamais vues, touchées ou senties. La révolution cognitive a donné naissance à la fiction : la capacité de croire collectivement aux légendes, aux mythes, aux dieux et aux religions.

La légende de Peugeot

Les primitifs cimentaient leur ordre social en croyant aux esprits et se rassemblait à chaque pleine lune pour danser autour du feu. Nos institutions fonctionnent sur la même base. Collectivement nous avons imaginé l’existence de société à responsabilité limitée pour pouvoir se lancer dans les affaires sans risquer de finir dans la misère. Ces sociétés n’existent que dans notre imagination et le système juridique les traite aujourd’hui comme des êtres de chair et de sang. Armand Peugeot est mort en 1915 et la société Peugeot est toujours en vie. Armand Peugeot a créé sa société comme les prêtres et sorciers ont créé dieux et démons, comme des milliers de curés ont créé le corps du Christ chaque dimanche. Il s’agit de raconter des histoires et de convaincre les gens d’y croire : quand Armand Peugeot a créé sa société en 1896, des millions de Français se conduisirent comme elle existait vraiment.

Depuis la Révolution cognitive, les Sapiens ont vécu dans une double réalité : la réalité objective des rivières, des arbres et des lions et de l’autre, la réalité imaginaire des dieux, des sociétés. Au fil du temps, la réalité imaginaire est devenue toujours la plus puissante au point que de nos jours la survie des rivières, des arbres et des lions dépend de la grâce d’entités imaginaires comme le sont les Etats-Unis ou Google.

Contourner le génome

Homo Sapiens a toujours pu réviser son comportement au gré de ses besoins changeants. Les faculté de transmettre de grandes quantités d’information a permis la préparation et l’exécution d’actions complexes, de créer des groupes plus plus grands et plus soudés, et un grand pouvoir de coopération entre eux. Entre nous et les chimpanzés, la vraie différence réside dans la colle mythique qui lie de grands nombres d’individus pour faire de nous les maîtres de la création. Aujourd’hui, nos capacité de coopérer est telle que la production d’une ogive nucléaire nécessite la coopération de millions d’inconnus à travers le monde !

III. Une journée dans la vie d’Adam et Eve

Le monde du chasseur-cueilleur nous a façonné et ce monde nous continuons de l’habiter inconsciemment. C’est pourquoi, par exemple, nous avons cette tendance à nous goinfrer alors que nous savons que cela ne fait guère du bien à notre corps : il y a 30.000, lorsqu’un fourrageur tombait sur un figuier, il en mangeait le plus possible avant que les babouins du coin ne dépouille entièrement l’arbre. Cela expliquerait également les infidélités caractéristiques des mariages modernes et toutes les conséquences qui s’en suivent qui résultent de l’obligation faite aux hommes de vivre dans des familles mononucléaires et d’avoir des relations monogames incompatibles avec notre logiciel biologique. Les fourrageurs vivaient en « communes » et ignoraient la propriété privée, les relations monogames et même la paternité. Il existait des milliers de tribus différentes avec des langues et des cultures différentes. Depuis la révolution cognitive, il n’y a pas eu un seul mode de vie naturel pour les Sapiens. Il n’existe que des choix culturels parmi un éventail incroyable de possibles.

La société d’abondance originelle.

L’immense majorité des Sapiens vivait en petites bandes d’une douzaine d’individus. La solitude et l’intimité était rare, la coopération solide. Les villages de pêche sont les premières implantations permanentes de l’histoire. Sinon, les Sapiens vivaient sur « la route » en quête de vivres mais aussi de connaissances de leur environnement pour pouvoir survivre. Le fourrageur moyen avait une connaissance de son environnement bien plus profonde que celle de ses descendants modernes qui n’ont plus besoin de connaissance du monde naturel pour survivre.   Tout indique que la taille du cerveau moyen des Sapiens a bel et bien diminué depuis l’époque des fourrageurs ! Survivre en ce temps-là nécessitait des facultés mentales exceptionnelles. Les fourrageurs maîtrisaient le monde environnant des animaux, des plantes et des objets mais aussi le monde intérieur de leur corps et de leurs sens. Ils se déplaçaient moyennant un minimum d’efforts et une grande dextérité physique aujourd’hui hors de notre portée même après des années de yoga ou de tai-chi. Ils ne travaillaient que 35-45 heures par semaines ce qui laissait du temps à bavarder, jouer, raconter… Leur alimentation était variée et ils vivaient longtemps (l’espérance moyenne était largement moins élevée car la mort infantile était forte) car ils avaient moins de maladies infectieuses.

Fantômes qui parlent

Toute tentative pour décrire la spiritualité archaïque se prête à des interprétations spéculatives multiples. Guerre ou paix ? Un voile de silence enveloppe des dizaines de milliers d’années d’histoire. Une chose est sûre, les Sapiens ont été la force la plus importante et la plus destructrice que le royaume animal n’a jamais produite !

 

IV. Le déluge

Avant la révolution cognitive, toutes les espèces d’hommes vivaient exclusivement sur le bloc continental afro-asiatique. Par la suite Sapiens acquit la technologie et les compétences pour sortir de cet espace afin de coloniser le monde extérieur. Sa première colonisation fut celle de l’Australie il y a 45000 ans par bateau. Un voyage au moins aussi important que ce lui de Christophe Colomb vers l’Amérique ou l’expédition d’Apollo 11 vers la Lune. Sapiens s’est hissé à l’échelon supérieur de la chaîne alimentaire en devenant l’espèce la plus redoutable dans les annales de la planète Terre. Son effet sur l’environnement l’a rendu méconnaissable. Au fur et à mesure de la progression de leur voyages, les Sapiens découvrirent des kangourous de 2 m pour 200 kg, des Koalas gigantesques, des lions énormes, des oiseaux coureurs deux fois plus grand qu’une autruche, des lézards dragons, des serpents de 5 m… Touts ces géants disparurent en quelques milliers d’années !

Coupable !

Cette extinction massive ne s’explique que par l’arrivée de Sapiens. Partout où l’homme a mis les pieds, les géants ont disparu. L’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écologique ! En abattant un géant tout les 2 ou 3 mois, c’était suffisant pour que les morts l’emportent sur les naissances. Aussi, Sapiens brulait délibérément des vastes zones de fourrés pour créer des prairies où le gibier était facile à chasser. Le moindre changement climatique dans ce contexte rendait les conditions de survies des géants encore plus difficiles. Si Homo Sapiens n’était jamais venu dans cette région, celle-ci abriterait encore des lions marsupiaux, des diprotodons et des kangourous géants…

La fin du paresseux

Sapiens arriva en Amérique il y a 16.000 ans par l’actuel détroit de Béring. Vers 12000 ans avant notre ère, le réchauffement climatique permis à des hommes de passer par milliers à travers le continent. En l’espace d’un ou deux millénaires, des hommes habitaient l’extrême sud du continent, sur l’île de feu. La colonisation de l’Amérique laissa derrière elle une longue traînée de victimes : mammouths, mastodontes, des rongeurs grands comme des ours, des lions géants, des gros chevaux et gros chameaux, des chats à dents de cimeterre, les paresseux terrestres géants de plus de 6 m et de 800kg… tout cela disparu durant ces un ou deux millénaires… La vérité est incontournable : les coupables, c’est nous.

Arche de Noé

Homo sapiens a provoqué l’extinction de près de la moitié des grands animaux de la planète. Une tragédie écologique qui s’est rejouée en miniature un nombre incalculable de fois après la Révolution agricole. Prenons l’exemple de la grande île de Madagascar, la dernière à être restée isolée des milliers d’années. On y trouvait l’oiseau-éléphant incapable de voler qui mesurait 3 m et pesait une demi tonne : il disparu précisément il y a 1500 ans, lorsque les premiers hommes mirent le pied sur l’île.

Si plus de gens avaient conscience des deux premières vagues d’extinction et du nombre d’espèces qu’ils ont éradiquées, peut-être seraient-ils davantage motivés pour protéger celles qui restent. Cela vaut aujourd’hui particulièrement pour les gros animaux des océans. Parmi les plus grandes créatures du monde, les seuls survivants du déluge humain sont les hommes eux-mêmes et les animaux de ferme…

 

PARTIE 2 – LA REVOLUTION AGRICOLE

 

 

V. La plus grande escroquerie de l’histoire

Avant 10000 ans, les Sapiens vivaient en cueillant des plantes sauvages et en chassant des bêtes sauvages. Ensuite, tout changea. Les Sapiens se mirent à consacrer leur temps et leurs efforts à manipuler la vie d’un petit nombre d’espèces animales et végétales. Ils se mirent à semer des graines, à arroser les plantes, à arracher les mauvaises herbes, à conduire les troupeaux vers des pâturages. La révolution agricole fut une révolution du mode de vie. Les Sapiens devenaient plus « intelligents » : pouvant déchiffrer les secrets de la nature, ils pouvaient abandonner leur vie dangereuse et éreintante pour se fixer et goûter de la vie.

Le piège du luxe

Voici environ 18.000 ans, le climat était assez idéal pour le blé et d’autres céréales du Moyen-Orient. Elles se répandirent rapidement et les gens en mangeaient de plus en plus souvent. Sur le chemin vers le moulin où aller moudre son blé, les grains de blés tombaient sur chemin du camp et il y eut toujours plus de blé le long des chemins et près des camps. La vie nomade fut abandonnée au profit d’une vie établie en camps saisonniers. Les fourrageurs se transformèrent en cultivateurs. La population commença à croitre. Il fallut cultiver de nouveaux champs.  Sans crier gare, la révolution agricole rendit la vie des cultivateurs plus difficile. Elle permettait de maintenir plus de gens en vie mais dans des conditions bien pires. Les maladies apparurent et la mortalité infantile monta en flèche. La natalité continua d’augmenter plus vite que la mortalité car les hommes avaient toujours plus d’enfants. Mais personne ne comprit ce qui se passait : chaque génération continua de vivre comme la précédente avec de « petites améliorations » sans que la vie devienne moins dure. Les premiers cultivateurs ne comprirent pas que nourrir les enfants avec plus de bouillie et moins de lait maternel affaiblissait leur système immunitaire et les maladies infectieuses se multipliaient. Une nourriture bien plus abondante mais bien moins savoureuse. Le blé, le riz et les pommes de terre ont domestiqué l’homme et non l’inverse… L’homme était fait pour grimper aux pommiers et courser les gazelles, non pour enlever les cailloux ou porter des seaux d’eaux. Le blé a convaincu l’homme d’abandonner sa bonne vie pour une existence misérable ! Un moment, personne ne se souvenait d’avoir jamais vécu autrement : le piège s’était refermé.

Victimes de la révolution

Le pacte faustien que fit notre espèce avec les grains ne fut pas le seul. Il eut celui avec les chèvres, les moutons, les cochons et les poulets. Notre espèce commença à les domestiquer et donc les parquer pour les défendre et les surveiller. A chaque génération, les troupeaux devinrent plus gras, plus dociles et moins curieux. Les animaux domestiqués fournirent nourriture, peaux, laine et force musculaire. La domestication des animaux se fonda sur une série de pratiques brutales dont la cruauté n’a fait que s’accentuer au fil des siècles.

VI. Bâtir des pyramides

La révolution agricole mena à une vie sans retour. Au 1er avant notre ère, il ne restait que 1 à 2 millions de fourrageurs contre 250 millions de cultivateurs. L’attachement à sa maison et la séparation d’avec les voisins devint la marque psychologique d’une créature bien plus égocentrique et de plus en plus séparée de son environnement sauvage. Les hommes accumulèrent de plus en pus plus de choses qui les clouaient sur place.

L’avènement du futur

La révolution agricole rendit le futur bien plus incertain. Les paysans se souciaient de l’avenir car ils pouvaient y faire quelque chose. Le stress de la culture fut le fondement de systèmes sociaux et politiques mis en place et exercés par des rois, soldats, prêtres, penseurs… pendant que 90% de la population labourait les champs.

Un ordre imaginaire

Les excédents de nourriture permirent à de plus en plus de gens de s’entasser dans des grands villages, puis dans des bourgs et enfin dans des villes.. La Révolution agricole donna naissance à des empires, des grands dieux, des mères patries, des sociétés par action pour assurer les liens sociaux et commerciaux nécessaires. L’imagination construisait de stupéfiants réseaux de coopération de masse tels qu’on n’en avait encore jamais vu. Ces ordres imaginaires reposaient sur l’adhésion à des mythes partagés : le code d’Hammurabi qui servit de manuel de coopération aux Babyloniens autour de -1776, la déclaration d’indépendance américaine émise en 1776 qui sert encore aujourd’hui de manuel de coopération de centaines de millions d’Américains modernes. Ces ordres imaginaires ont peut être maintenus parce que les élites de la population y croyaient elles-mêmes : le christianisme n’aurait pas duré deux mille ans si la majorité des évêques et des prêtres n’avaient pas cru au Christ, la démocratie américaine dure parce que la majorité des présidents croient aux droits de l’homme, le système économique moderne dure parce que la majorité des investisseurs et banquiers croient au capitalisme.

Les murs de la prison

Trois grands facteurs empêchent les gens de réaliser que l’ordre qui régit leur vie n’existe que dans leur imagination : 1. L’ordre imaginaire est incorporé au monde matériel, 2. L’ordre imaginaire façonne nos désirs personnels (le romantisme, les pyramides), 3. L’ordre imaginaire est intersubjectif (partager par des milliers d’autres gens comme Peugeot, le dollar). En fait, il n’y a pas moyen de sortir de l’ordre imaginaire : quand nous abattons les murs de notre prison, nous courons dans la cour plus spacieuse d’une prison plus grande !

 

VII. Surcharge mémorielle

Les empires engendrent d’énormes quantités d’informations. L’écriture sumérienne fut la première à pouvoir retranscrire plus d’information qu’un cerveau humain n’en était capable. L’écriture a changé la façon dont les hommes pensent et voient le monde. Quand à l’écriture mathématique, elle a donné naissance à un système d’écriture révolutionnaire, susceptible d’être traduit, stocké, diffusé et traité à une vitesse et avec une efficacité confondante. L’écriture qui était la servante de la conscience humaine en est aujourd’hui la maîtresse. Aujourd’hui, l’humanité est sous le joug de l’écriture binaire qui sera peut-être même capable de la balayer !

VIII. Il n’y a pas de justice dans l’histoire

Les ordres imaginaires ne sont pas des ordres justes. Ils sont régis par une hiérarchie. Dans la déclaration d’égalité des droits de l’homme instaurée par les Américain en 1776, les femmes, les noirs, les Indiens ne sont pas très concernés. Pour un capitaliste, les riches méritent amplement tous les avantages dont ils jouissent.   Pour les Hindous, les forces cosmiques rendent une caste supérieure à une autre… Toute hiérarchie est le produit de l’imagination humaine.

Le cercle vicieux et la pureté en Amérique

La hiérarchie est née d’un ensemble de circonstances historiques accidentelles puis s’est perpétuée et affinée au fil des générations. Un cercle vicieux s’est ainsi perpétué dans la hiérarchie raciale de l’Amérique moderne dont les noirs ont été les victimes. Le racisme tout au long de l’histoire des noirs aux Etats-Unis a gagné de plus en plus de domaines. Ces discriminations injustes empirent souvent avec le temps. L’argent va à l’argent, l’éducation profite à l’éducation, l’ignorance perpétue l’ignorance. Les victimes de l’histoire ont toutes les chances d’être de nouveau victimes comme les privilégiés ont toutes les chances d’être à nouveau privilégiés.

Lui et elle

De tout temps et partout depuis la révolution agricole, les hommes ont eu la meilleure part. Nos idées à ce sujet comme sur tant d’autre de ce qui est « naturel » et « contre nature » ne vient pas de la biologie mais de la théologie chrétienne. Ce qui est « naturel » est ce qui est « en accord avec les intentions du Dieu qui a créé la nature. Un homme et une femme s’inscrivent différemment dans une case de l’ordre humain imaginaire de la société. Les mythes de sa culture leur assignent respectivement des rôles masculins ou féminins. Il existe une raison biologique universelle qui explique que la quasi-totalité des cultures aient mis la virilité plus haut que la féminité.   Une des explications serait qu’une femme avait besoin d’un homme pour assurer sa survie et celle de ses enfants et si elle voulait qu’il reste et elle devait passer par ses volontés. Les femmes sont attentionnées et soumises alors que les hommes sont programmés pour être ambitieux et compétitifs.

PARTIE 3 – L’UNIFICATION DE L’HUMANITE

IX. La flèche de l’histoire

Mythes et fictions créèrent des instincts artificiels entre des millions d’inconnus amenés à coopérer efficacement. Ce réseau d’instincts artificiels s’appelle « culture ». Les cultures concilient les contradictions et ce processus nourrit perpétuellement le changement. Par exemple, le monde moderne ne réussit pas a faire cadrer liberté et égalité : ces contradictions sont le moteur de la créativité et du dynamisme de notre espèce.

Vision globale

L’histoire a une direction. Au fil des millénaires, des cultures petites et simples se fondent en civilisations plus vastes et plus complexes. L’histoire progresse implacablement vers l’unité. Aujourd’hui la quasi-totalité des hommes partagent le même système géopolitique, le même système économique, le même système juridique, le même système scientifique. Marchands, conquérants et prophètes furent les premiers à dépasser la vision binaire issue de l’évolution et à prévoir l’unité potentielle de l’humanité : pour les marchands le monde entier était un marché unique, pour les conquérants, le monde entier n’était qu’un seul empire, et pour les prophètes, le monde entier ne recelait qu’une seule vérité. L’argent qui a réussi là où les dieux et les rois ont échoués.

X. L’odeur de l’argent

En 1519, lorsque Hernan Cortés a envahit les Mexique, les Aztèques ne comprenait rien à l’obsession espagnole de l’or. Trois siècles avant la conquête du Mexique, les Chrétiens avaient pris le dessus en construisant des églises, en détruisant les mosquées et en émettant des pièces d’or. Système aussitôt recopié dans le monde…

Combien ?

L’essor des villes et des royaumes et les progrès des transports ont créé de nouvelles occasions de spécialisation. La monnaie s’est substituée au troc pour gérer un échange de biens entre spécialistes. Elle est un moyen d’échange universel qui permet aux gens de convertir presque tout en presque tout. Elle a apporté une contribution vitale à l’apparition de réseaux commerciaux complexes et de marchés dynamiques.

L’évangile de l’Or

La monnaie fut une révolution purement mentale ! Coquillages et dollars n’ont de valeur que dans notre imagination. La monnaie est une construction psychologique et pourtant le système de confiance mutuelle le plus universel et le plus efficace qui ait jamais été imaginé ! Les premières pièces utilisées datent de 640 avant notre ère et furent frappées par le roi Alyatte de Lydie en Anatolie. Le message d’une monnaie frappée à l’effigie de son souverain n’a guerre varié depuis : « Moi, Grand Roi Untel, je vous donne ma parole que ce disque de métal contient 5 grammes d’or. Si quelqu’un ose contrefaire cette pièce, cela signifie qu’il contrefait ma signature, ce qui entacherait ma réputation. Je châtierai ce crime avec la plus extrême sévérité. » Contrefaire c’est porter atteinte à la souveraineté. Le pouvoir et l’intégrité de l’empereur dont le nom et l’effigie figure sur la pièce inspirent confiance. Aujourd’hui, le monde tourne autour de 60 billions de dollars dont 90% n’existe que sur les terminaux d’ordinateurs ! La monnaie est le seul système de confiance créé par l’homme qui puisse enjamber n’importe quel fossé culturel et qui ne fasse aucune discrimination sur la base de la religion, du genre, de la race, de l’âge ou de l’orientation sexuelle. Grâce à l’argent, même des gens qui ne se connaissent pas et qui ne se font pas confiance peuvent tout de même coopérer efficacement. La monnaie repose sur deux principes universels : la convertibilité universelle et la confiance universelle.

XI. Visions impériales

Un empire est un ordre politique qui règne sur un nombre significatif de peuples distincts ayant une identité culturelle différente et un territoire séparé. Les empires ont été une des principales raisons de la forte réduction de la diversité humaine. Ils ont effacés les caractéristiques uniques de nombreux peuples pour forger de nouveaux groupes bien plus importants et ce « pour leur bien ». Les empires ont forgés leurs actions par la nécessité de propager une culture supérieure dont les conquis bénéficiaient plus encore que les conquérants. A l’heure actuelle, l’empire devient de plus en plus global et aucun empire ou état souverain ne pourra résoudre seul les problèmes foncièrement mondiaux comme celui du réchauffement climatique.

 

XII. La loi de la religion

La religion peut se définir comme un système de normes et de valeurs humaines fondé sur la croyance en l’existence d’un ordre surhumain. Cet ordre doit être universel, missionnaire et contribuer à l’unification de l’humanité pour que cette religion puisse fonctionner.

Les bienfaits de l’idolâtrie

L’intuition fondamentale du polythéisme est propice à une profonde tolérance religieuse. L’empire romain n’a pas exigé des chrétiens qu’ils abandonnent leurs croyances et rituels mais a attendu qu’ils respectent les dieux protecteurs de l’Empire et la divinité de l’empereur.

Dieu est un !

Au fil du temps, certains adeptes du polythéisme s’éprirent tellement de leur protecteur particulier qu’ils s’éloignèrent de l’intuition polythéiste de base et se mirent à croire que leur dieu était l’Unique. La grande percée survient avec le christianisme, une secte juive ésotérique qui s’efforça de convaincre les Juifs que Jésus était le Messie tant attendu. Il était nécessaire de répandre la bonne parole sur Jésus dans le monde. Dans un tour étrange de l’histoire, cette secte juive s’empara de l’empire romain. Le succès chrétien servit de modèle à l’islam. Comme le christianisme, l’islam était aussi une petite secte dans un coin reculé du monde et par une surprise historique, il parvint à sortir des déserts d’Arabie pour conquérir un empire s’étendant de l’Atlantique à l’Inde. Le monothéisme joua à partir de là un rôle central dans l’histoire du monde. Aujourd’hui, l’ordre mondial repose sur des fondations monothéistes.

La bataille du Bien et du Mal

Le monothéisme qui donna naissance au Bien au Mal. Entre 1500 et 1000 avant notre ère, un prophète apparu en Asie centrale : Zarathoustra, pour qui le monde est un théâtre d’une bataille cosmique entre un dieu Bon et un dieu Mauvais. L’influence de Zarathoustra fut considérable. En découle, la croyance dualiste du Ciel et de l’Enfer, de Dieu et du Diable, du bien et du mal,… des oppositions qui sont devenues les pierres angulaires de la pensée chrétienne et islamique.

Loi naturelle et culte de l’homme.

Au cours du Ier millénaire avant notre ère, des religions comme le jaïnisme et le bouddhisme en Inde, la taoïsme et le confucianisme en Chine, et le stoïcisme, l’épicurisme dans le Bassin méditerranéen, commencèrent à se propager en Afro-Asie. Toutes méprisaient les dieux. Siddhârta Guatama, le Bouddha, dit « l’éveillé », est un homme. Durant ces 300 dernières années, les religions théistes n’ont cessé de perdre de l’importance au profit de religions de la loi naturelle : libéralisme, communisme, capitalisme, nationalisme, nazisme, communisme. A défaut d’être cataloguées de religions, il n’en demeure pas moins que ce sont des croyances en un ordre surhumain qui toutes ont leur saintes écritures. Les religions humanistes ont le culte de l’humanité.

XIII. Le secret de la réussite

La transition d’une multitude de petites cultures vers une seule société mondiale a probablement été le résultat inévitable de la dynamique de l’histoire humaine. Au début du 4siècle, avec Constantin, l’Empire romain a té unifié par « Jésus ». Le christianisme qui n’était qu’une petite secte orientale ésotérique est devenue la religion de l’Etat Romain ! « Ce n’est pas pour connaître le futur que nous étudions l’histoire, mais pour élargir nos horizons, comprendre que notre situation actuelle n’est ni naturelle ni inévitable et que, de ce fait les possibilités qui nous sont ouvertes sont bien plus nombreuses que nous ne l’imaginons… Si nous pouvons expliquer les choix que fait l’histoire, nous pouvons dire quelque chose de la plus haute importance à leur sujet : les choix de l’histoire ne se font pas au bénéfice des hommes. La dynamique de l’histoire n’est pas vouée à renforcer le bien-être humain. L’histoire méprise le bonheur des organismes individuels. El les individus, quant à eux, sont habituellement bien trop ignorants et faibles pour infléchir le cours de l’histoire à leur avantage »

PARTIE 4 – LA REVOLUTION SCIENTIFIQUE

 

XIV. La découverte de l’ignorance

La science moderne postule que nous ne savons pas tout. Avant, un paysan qui voulait connaître l’origine de l’homme, allait interroger son curé de paroisse qui savait tout et possédait sans en douter la réponse définitive. On pensait à l’époque savoir tout ce qu’il y avait à savoir. Avec l’essor de la science moderne, l’homme a acquis des nouveaux pouvoirs et ce fut l’essor d’une foi quasi religieuse à la technologie et à la recherche scientifique.

Le dogme scientifique

Il y a 200 ans, une branche des mathématiques destinée à traiter les aspects les plus complexes de la réalité est née : les statistiques.   En 1744, deux ecclésiastiques écossais, Alexander Webster et Robert Wallace, décidèrent de créer un fonds d’assurance vie qui verserait des pensions aux veuves et aux orphelins des ecclésiastiques morts. Ils s’entourèrent de mathématiciens pour calculer combien de pasteurs étaient susceptibles de trépasser chaque année.   Les calculs des deux pasteurs étaient d’une telle exactitude qu’ils allaient devenir le fondement de la science actuarielle, de la démographie, de l’économie, de la sociologie, de la psychologie, des sciences politiques, de la physique. La relation entre le système capitaliste et de la Révolution industrielle a complètement transformé le monde.

Le projet Gilgamesh

Le seul problème insoluble de l’humanité qui est resté est celui de la mort. Le grand projet de la Révolution scientifique est d’apporter la vie éternelle. La mort n’est plus qu’un problème technique. Si la science a aujourd’hui fait des découvertes incroyables à ce sujet, elle reste bien incapable de fixer ses priorités et de décider quoi faire de ces découvertes.

XV. Le mariage de la science et de l’Empire

L’expédition de James Cook quitta l’Angleterre en 1768 et revient en 1771 avec d’énormes quantités de matériaux astronomiques, géographiques, météorologiques, botaniques, zoologiques et anthropologiques. La médecine fit un bond en avant au prix d’innombrables vies humaines. Science et empire étaient indissociables.

Pourquoi l’Europe ?

Dès le 15ième siècle, l’Europe dominait le « monde extérieur : les deux continents américains et les océans. En 1850, 40000 km de voies sillonnaient l’Europe contre 4000 en Asie, Afrique et Amérique latine. Les Français et les Américains partageaient déjà les mythes et structures sociales britanniques les plus importants. Les Chinois et les Perses pensaient et organisaient leurs sociétés différemment. En 1950, L’Europe occidentale et les Etats-Unis représentaient à eux deux plus de la moitié de la production mondiale. Sous l’égide de l’Europe a émergé un ordre mondial et une culture mondiale. Presque toute la planète voit la politique, la médecine, la guerre et l’économie par les yeux des Européens. Comment la population de cette pointe glacée de l’Eurasie a-t-elle réussi à s’extraire de son angle lointain de la planète et à conquérir le monde entier ? Quel potentiel l’Europe a-t-elle développé pour lui permettre de dominer le monde ? La science moderne et le capitalisme.

La mentalité de conquête

Avant même l’avènement de la technologie, le savant et le conquérant espéraient être les maîtres du monde. Tout deux admettaient « ne pas savoir » et firent joyeusement voile vers de lointains rivages dans l’espoir d’obtenir de nouvelles connaissances et de nouveaux territoires. En 1405, Zheng He sous la dynastie chinoise des Ming conduisit plusieurs immenses armadas de la Chine au fin fond de l’océan Indien mais sans aucun esprit de conquête ou de colonisation. L’ambition et la curiosité de l’Europe étaient sans pareil. Ce qui est étrange, c’est lorsque les Européens mettaient le pied sur un territoire inconnu, ils déclaraient aussitôt : « Je revendique tous ces territoires pour mon roi ! ». Un siècle après le débarquement de Vera Cruz, la population indigène des Amériques avait diminué de 90%, largement du fait des maladies arrivées avec les envahisseurs. Trois siècles durant, les Européens jouirent d’une domination incontestée en Amérique, Océanie, dans l’Atlantique et le Pacifique. Les richesses accumulées par les Européens leur permirent d’envahir ensuite l’Asie. Les Ottomans, les Perses, les Indiens et les Chinois s’éveillèrent bien trop tard.

Araignées rares et écritures oubliées

Les conquérants européens connaissaient fort bien leurs empires. 100000 Britanniques suffirent à gouverner 300 millions d’Indiens. Les empires européens se sont développés grâce à d’autres facteurs que la science. Le capitalisme. Sans les hommes d’affaire vides de faire de l’argent, Christophe Colomb n’aurait pu atteindre l’Amérique, ni James Cook l’Australie, ni Neil Armstrong la Lune.

 

XVI. Le credo capitaliste

Le rôle de l’économie dans l’histoire moderne ne tient qu’en un seul mot : croissance. L’économie moderne est un hommage aux ressources stupéfiantes de l’imagination des hommes. C’est notre confiance dans le futur qui permet aux banques et à toute l’économie de survire et de prospérer.

Sam fonde une banque. Pierre est un entrepreneur. Jane est boulangère. Pierre dépose 1000 euros qu’il a reçu pout un chantier et le dépose à la banque. Jane emprunte à la banque 1000 euros pour ouvrir sa boulangerie. Jane paie 1000 euros à Pierre pour construire la boulangerie. Pierre dépose ces 1000 euros à la banque. Il a 2000 euros sur son compte ! Dans le coffre de la banque, il y a 1000 euros. 1 mois plus tard… les travaux coutent plus chers que prévus… Jane emprunte 1000 euros supplémentaires que la banque lui verse. Jane paie 1000 euros à Pierre. Pierre dépose ces 1000 euros à la banque. Il a 3000 euros sur son compte ! Dans le coffre de la banque, il y a 1000 euros. Les 1000 euros du début.

Les banques sont autorisées à prêter dix dollars pour chaque dollar qu’elles possèdent réellement. Ainsi 90% des sommes déposées sur nos comptes en banque ne sont pas couvertes par des billets physiques. Si tous les titulaires de compte de la banque exigent leur argent, c’est la faillite de la banque assurée ! Toute l’entreprise est donc fondée sur la confiance de l’entrepreneur et du banquier dans l’avenir de la boulangerie, et de celle de l’entrepreneur dans la solvabilité de la banque. Pour l’instant, la boulangerie n’est qu’un rêve, rien de tangible. Le crédit nous permet de construire le présent aux dépens du futur. Il repose sur le postulat que nos ressources futures seront à coup sûr plus abondantes que nos ressources présentes.

Un gâteau croissant

Croire au progrès c’est croire que la taille du gâteau peut augmenter. Depuis 5 siècles, le crédit s’est soldé par une réelle croissance économique qui a renforcé la confiance dans le futur et ouvert la voie à encore plus de crédit. Et en m’enrichissant, je profite à tous ! L’égoïsme est altruiste. Le capitalisme c’est réinvestir les profits dans la production. Le capitalisme, à la base, une théorie de fonctionnement de l’économie, est devenue la religion de la science moderne. Au cours de ces dernières années, banques et Etats font frénétiquement tourner la planche à billets en espérant que scientifiques, techniciens et ingénieurs parviendront à trouver quelque chose de vraiment géant avant que la bulle n’explose, auquel cas, nous irons au devant de temps très rudes.

Christophe Colomb à la recherche d’un investisseur

La conquête européenne du monde fut de plus en plus financée par le crédit. Afin d’accroître le nombre d’investisseurs potentiels et de réduire les risques encourus, les Européens se tournèrent vers des sociétés anonymes à responsabilité limitée de manière bien plus efficace que n’importe quel royaume ou empire. On trouve un aperçu de la toute nouvelle puissance du crédit dans le combat acharné opposant l’Espagne aux Pays-Bas. Au XVI siècle, grâce au crédit, l’Espagne était devenu l’état le plus puissant d’Europe. Les Pays-Bas n’étaient qu’un petit coin des dominions du roi d’Espagne. En 1568, les Hollandais se révoltèrent contre leur suzerain catholique Espagnol. Le roi d’Espagne dilapidait le capital de confiance des investisseurs pendant que les Hollandais finançaient la conquête et créaient en1602, la plus célèbre des compagnies hollandaises, la Compagnie des Indes qui créa la New Amsterdam…

 

XVII. Les rouages de l’industrie

La croissance économique moderne tient à notre confiance dans le futur et à l’empressement des capitalistes à réinvestir leurs profits dans la production. Mais la croissance économique nécessite énergie et matières premières… Or, celles-ci ne sont pas infinies.

Secrets de cuisine

Quand les physiciens se sont aperçus que les atomes enferment une immense quantité d’énergie, ils se mirent à réfléchir aux moyens de la libérer pour produire de l’électricité, propulser des sous-marins, anéantir des villes.   Aujourd’hui, l’électricité va au bout du monde pour exaucer tous nos voeux. Elle imprime les livres, garde nos légumes au frais, enregistre nos pensées, éclaire nos nuits… comment imaginer la vie sans elle ?

La vie sur le tapis roulant

Même les plantes et les animaux ont été mécanisés. Les animaux de ferme sont traités en machines dans une indifférence consternante. La tragédie de l’agriculture industrielle est qu’elle prend grand soin des besoins objectifs des animaux toute en négligeant leurs besoins subjectifs.

L’âge du shopping

Pour la première fois dans l’histoire, l’offre dépasse la demande. Mais qui va acheter toute cette camelote ? L’économie capitaliste moderne doit sans cesse augmenter sa production pour survivre. Dans notre monde d’abondance, la population américaine dépense en régime plus d’argent qu’il n’en faudrait pour nourrir les gens qui ont faim dans le monde. L’obésité est une double victoire pour le consumérisme : les gens mangent trop et achètent enduite des produits diététiques.

Le commandement suprême du riche « Investi » fusionne avec celui du commun des mortels « Achète ». Les riches prennent grand soin de gérer leurs actifs et investissements alors que les moins nantis s’endettent pour acheter des voitures et des télévisions dont ils n’ont pas vraiment besoin. La nouvelle éthique promet le paradis à condition que les riches restent cupides et que les masses achètent encore plus.

XVIII. Une révolution permanente

Notre planète se transforme en un centre commercial de béton et de plastique. L’humanité a pris possession du monde. Au moment où l’on réalise que l’humanité pourrait s’anéantir, rats et cancrelats vivent leur âge d’or. La nature ne saurait être détruite, l’humanité bien.

Temps modernes

En 1880, le gouvernement britannique à imposer à tous de se régler sur l’heure de Greenwich. Nous sommes réglé sur une horloge artificielle plutôt que sur les cycles du lever et du coucher du soleil. Une horloge artificielle qui régit toutes nos journées. La révolution industrielle a produit des bouleversements majeurs dans la société humaine : adaptation à l’heure industrielle, disparition de la paysannerie, essor du prolétariat, octroi de droits à l’homme ordinaire, culture de la jeunesse, désintégration du patriarcat, effondrement de la famille.

L’effondrement de la famille et de la communauté

Avant la révolution industrielle, la vie quotidienne se déroulait autour de la famille, la famille élargie et la communauté locale. L’état et le marché sont aujourd’hui le père et la mère de l’individu qui ne peut survivre sans eux. Le marché fournit nourriture, hébergement, éducation, santé, aide sociale, emploi, travail, assurance et pension. « Epousez qui vous voulez sans demander la permission de vos parents, prenez le travail qui vous plait même si vos anciens doutent de vous, vivez comme vous l’entendez… Nous, l’état et le marché prenons soin de vous. »   Les jeunes sont de plus en plus dispensés d’obéir à leurs ainés, et les parents de plus en plus blâmés de ce qui ne va pas dans la vie de leurs rejetons.

Communauté

Au fil des dernières décennies, les communautés nationales ont été éclipsées par des foules de consommateurs qui ne se connaissent pas intimement mais qui partagent les mêmes habitudes et intérêts de consommation et ont le sentiment de faire parti de la même tribu : les fans de Madonna, les végétariens, les écolos… Un végétarien allemand préfèrerait aujourd’hui épouser une végétarienne française qu’une carnivore allemande…

Pax atomica

Nous vivons dans un monde éprit de paix : responsables politiques, hommes d’affaires, intellectuels et artistes tiennent la guerre pour un mal, de surcroît inévitable. Notre époque est au seuil du ciel et de l’enfer, passant nerveusement de la porte de l’un à l’antichambre de l’autre. L’histoire n’a pas encore décidé où elle finira…

XIX. Et ils vécurent heureux

« La transition agricole puis industrielle, nous a condamnés à une vie contre nature où nos inclinations et instincts naturels ne sauraient s’exprimer pleinement, et où nos envies les plus profondes ne sauraient donc trouver satisfaction. Rien dans le confort de la vie bourgeoise urbaine, ne saurait approcher l’excitation sauvage et la joie pure d’une bande de fourrageurs amateurs de mammouths qui ont fait bonne chasse. Chaque invention nouvelle nous éloigne un peu plus du jardin d’Eden ».

Le monde de nos sens s’est considérablement appauvri. Les anciens fourrageurs vivaient dans l’instant présent et nous, nous sommes horriblement distraits. Depuis des milliers d’années, prophètes, poètes et philosophes ont découvert qu’être satisfait de ce que l’on a importe davantage que d’obtenir plus de ce que l’on désire.

« Si ce sont les attentes qui déterminent le bonheur, il est fort possible que les deux piliers de notre société, les médias et la publicité, épuisent à leur insu les réserves de contentement de notre planète. Dans un petit village, voici 5000 ans, un jeune de 18 ans devait se trouver canon, vu qu’il n’y avait que 50 autres hommes pour la plupart vieux, balafrés et ridés ou des gosses. De nos jours, un adolescent a toute chance de se sentir mal dans sa peau. Même si les copains d’écoles sont des mochards, ce n’est pas à eux qu’il se compare, mais aux stars de cinéma, aux athlètes, aux mannequins qu’on voit à la télé, sur Facebook ou sur les panneaux publicitaires.»

« Les gens sont libérés de la souffrance quand ils comprennent l’impermanence de leurs sensations et cessent de leur courir après. Tel est l’objectif des pratiques de méditation bouddhistes. Qui médite est censé observer de près son esprit et son corps, suivre l’apparition et la disparition de tous ses sentiments et comprendre combien il absurde de les poursuivre. Quand la poursuite cesse, l’esprit est détendu, clair et comblé. La sérénité qui en résulte est si profonde que ceux qui passent leur vie dans la poursuite frénétique de sentiments plaisants ne peuvent guère l’imaginer. »

« La plupart des livres d’histoire se concentrent sur les idées des grands penseurs, la bravoure des guerriers, la charité des saints et la créativité des artistes. En revanche, ils n’ont rien à dire quant à l’influence de tout cela sur le bonheur et la souffrance des individus. C’est la plus grosse lacune de notre intelligence de l’histoire. »

 

XX. La fin d’Homo Sapiens

De nos jours, notre régime de sélection naturelle vieux de 4 milliards d’années est confronté à un défi entièrement différent. Les chercheurs manipulent les êtres vivants en brisant en toute impunité les lois de la sélection naturelle. Rien ne les arrête. Notre capacité de modifier des gènes est en avance sur notre capacité d’en faire un usage sage et clairvoyant. Bricoler nos gènes ne nous tuera pas nécessairement. Mais nous pourrions bien tripatouiller l’Homo sapiens au point que nous ne serons plus l’Homo Sapiens. Nous pourrons bientôt créer un cyborg qui serait un être si différent que nous ne saurions même pas en saisir les implications philosophiques, psychologiques ou politiques.   Le mythe de Frankenstein rappelle à l’Homo Sapiens que les derniers jours approchent à vue d’œil… des savant pourront très bientôt créer quelque chose qui nous est réellement supérieur, un être qui nous regardera de haut, comme nous considérons les Neandertal. Nous devrions prendre le temps de répondre à ce que voulons-nous devenir ? Que voulons nous vouloir ?

Epilogue

En 70000 ans, Homo sapiens s’est transformé en maître de la planète entière et en terreur de l’écosystème. Alors qu’il ‘a pas produit sur terre grand-chose dont nous puissions être fiers, il est en passe de devenir un Dieu. Malgré les choses étonnantes dont les hommes sont capables, nous sommes peu sûrs de nos objectifs et sommes plus que jamais insatisfaits. Self-made-dieux, nous n’avons de comptes à rendre à personne et faisons nos ravages en ne cherchant guère plus que nos aises et notre amusement sans jamais trouver satisfaction. Y a-t-il rien de plus dangereux que des dieux insatisfaits et irresponsables qui ne savent pas ce qu’ils veulent ?