"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut." Ciceron

La forteresse des âmes mortes

Synthèse & résumé À propos du livre Biographie de l'auteur

Voyage initiatique dans les montagnes taoïstes

Sandrine Chenivesse a 25 ans dans les années 1990. Elle quitte la France pour la Chine afin de terminer ses études d’ethnologie. Le parcours qui l’attend n’est pas celui qu’elle avait prévu. Comme si ses travaux de fin d’études n’étaient qu’un prétexte pour l’amener à découvrir les secrets de la tradition taoïste, destinés à sa propre guérison, à la réparation de son propre roman de vie.

En France, Sandrine creuse son chemin d’apprentie sinologue et ethnologue. Les récits de Yang Xi (330-386) l’interpellent. Cet éminent médium et chamane taoïste, psychogénéalogiste avant l’heure, parcourait grâce à la transe, les inconscients familiaux. À la recherche de secrets inavouables générant des nœuds de mort, il exorcisait une mémoire collective douloureuse autour d’histoires de vies fragmentées. Le roman familial pouvait alors se reconstruire, apaisé, purgé de ses secrets honteux. Yang Xi rend l’individu responsable de son destin et lui donne le pouvoir d’agir sur sa lignée. 

Sandrine réside d’abord dans les campagnes du Yujing (région de Taïwan), au Couvent des Sœurs de la Providence. Les temples affiliés à la montagne étaient des antichambres du monde outre-tombe où l’on dialogue avec les défunts, où l’on tente d’apaiser les liens tourmentés, la douleur de l’arrachement, la non-acceptation, la culpabilité de porter un non-dit, un mal-dit, le besoin de réparer ou de rompre. C’est là encore qu’on ritualise le processus du deuil afin de dénouer l’énergie bloquée dans l’histoire familiale.

Sur le parvis du temple, Sandrine pouvait admirer un vieil homme entamant sa pratique martiale sous la forme d’une danse lunaire. Son regard semblait tourné vers l’intérieur. A la fois présent et absent, comme s’il contemplait le monde tout en s’y fondant. Dans cette souplesse réside la force du non-agir : l’action permettant d’accueillir ce qui advient, l’écoute spontanée de la propension naturelle des choses, la disponibilité au flux dans lequel nous sommes inscrits, une attention diffuse, non focalisée, qui ouvre tous les possibles.

Selon le Yi Jing, Traité canonique des mutations, (1000 avant notre ère),  l’ordre du monde se déroule par occurrences énergétiques, en termes d’ouverture ou de fermeture, d’avancée ou de repli, d’élan ou d’accueil. Un événement malheureux contient les germes de sa transformation positive ; un événement heureux, l’essence de sa vulnérabilité. Ainsi, rien ne reste figé dans une forme statique ni emprisonné dans une forme idéale. La volonté n’est pas considérée comme une vertu, mais plutôt comme une source de blocage.

Vivre, ce n’est pas dénier la mort, mais réaliser à quel point l’une et l’autre sont imbriquées. C’est oser la laisser nous transformer de l’intérieur. Là est l’essence même du Dao. On n’arrête jamais de mourir. La mort nous habite dès la naissance par la présence de l’altérité au plus intime de notre être. Elle est en nous comme un terrain d’apprentissage pour laisser entrer le renouvellement. Le deuil, c’est l’acceptation de la mutation.

Sandrine part à Fengdu, dans un village isolé où se trouve la cité fantomatique et raffinée de la malemort, la forteresse des âmes mortes. Elle séjourne à la Pension des Cadres du Parti. Les villageois restent souvent muets. Les lieux et les rituels plongent Sandrine dans un vertige accidentel, physique et existentiel. Tout bascule, lorsque le jeune réceptionniste de la pension décède subitement.

Dès ce moment, Sandrine est sujette à des hallucinations visuelles, tactiles et kinesthésiques inexplicables. Comme si, sur les frontières de l’au-delà, elle se retrouvait confrontée à sa part d’ombre ou à sa part manquante. Elle sent qu’elle doit suivre son intuition, une force inconnue. C’est une question de vie ou de mort. Un esprit errant s’est uni à elle. Sandrine est « prise ». Dans son corps, il y a quelqu’un d’autre : l’esprit d’un mort qui refuse de partir parce qu’il reste accroché au souvenir de sa vie terrestre. Il vampirise son énergie vitale. Dans le même temps, Sandrine réalise que ce « malheur » est l’occasion d’aller puiser au fond d’elle des merveilles insoupçonnées, que sa vie allait changer. Avec l’aide des habitants, Sandrine va plonger dans les mystères de Fengdu.

Fengdu était un haut lieu du chamanisme et des cultes populaires, une sorte de plateforme de voyages vers les enfers. On pouvait demander aux divinités d’intercéder auprès des démons malfaisants, porteurs de maladies ou de nuisances, de descendre dans les enfers pour délivrer les mal-morts de leurs prisons souterraines, ou d’accompagner les vivants dans un voyage outre-tombe pour visiter leurs défunts. Les grands pèlerinages rassemblaient un monde fou. Les gens venaient de très loin et consultaient les maîtres comme bon leur semblait. Tout ce qui s’y passait est resté tu, mais bien vivant dans le secret d’une mémoire collective locale. Quarante années après la révolution de 1949, quelques temples se sont timidement rouverts.

Sandrine sait que c’est à Fengdu qu’elle pourra être exorcisée. Grâce à un rite sacré et éprouvant, l’énergie vampirique du mal-mort est neutralisée. Travailler au salut des morts revient à guérir une famille entière. Il faut harmoniser la relation des vivants avec leurs aïeux en nettoyant les nœuds de mort qui bloquent la circulation de l’énergie.

Sandrine descend au Royaume des morts. Elle y rencontre sa mère, encore retenue par le chagrin avec lequel Sandrine l’avait enlacée. Sa mère vit un déchirement entre la nostalgie d’une vie brutalement interrompue et l’attirance vers une lumière puissante qui appelle les âmes mortes. En rencontrant le fantôme de sa mère, Sandrine peut se libérer et libérer sa mère pour que chacune puissent se rendre où elles doivent. Elle connaît alors un bonheur incroyable et peut célébrer la vie vagabonde qui l’a conduite à explorer des mondes cachés, puis à sonder ses propres cavernes intérieures.

Résumé Laurence de Vestel @Oltome2026

La forteresse des âmes mortes, c’est le récit d’un véritable voyage initiatique réalisé par Sandrine Chenivesse dans les années 90 en Chine. Un voyage qu’elle effectuait pour ses travaux de fin d’études mais qui vont l’amener sur un tout autre chemin. Un livre que je recommanderai vivement aux jeunes audacieux qui réalisent des voyages lointains favorisant le voyage intérieur. Ne passez pas à côté. Aller voir ce qu’il se passe au-delà de la frontière, au sens figuré comme au sens propre.

Oltome - Sandrine Chenivesse

Sandrine Chenivesse est Anthropologue des religions chinoises. Psychosociologue clinicienne. Psychanalyste trangénérationnel. Et écrivaine. t Anthropologue des religions chinoises. Psychosociologue clinicienne. Psychanalyste en transgénérationnel. Elle a fondé " L’Arbre dénoué" où elle anime les ateliers d’écriture “Roman familial et histoire(s) de vie” visant à dénoué les noeuds transgénérationnel. Elle a écrit en 2024, "La forteresse des âmes mortes" qui relate son voyage en Chine lorsqu'elle avait 25 ans et au cours duquel elle rencontre la guérison et son destin.

EXTRAIT Emission Zétéo

Rares sont les familles qui ne sont pas empoisonnées par le venin de secrets de famille. Ils finissent par se transformer en véritables « trous noirs », qui nous aspirent insconsciemment vers des loyautés, des injonctions, des fausses croyances. Sandrine Chenivesse évoque nos « fantômes psychiques », qui proviennent des lacunes créées en nous par le secret d’un autre, souvent disparu, oublié ou même ignoré dans l’histoire familiale.

En allant à la découverte du « tissu vibratoire transgénérationnel » qui est inhérent en chacun de nous, Sandrine Chenivesse montre la voie vers la libération pour tant de destins brisés par les secrets de famille. Cette libération, elle n’est pas le fruit d’une réparation d’un roman familial pour le répéter inconsciemment, mais bien de la transformation de celui-ci.

Sandrine Chenivesse évoque l’importance des rituels, qui sont des actes de séparation notamment de nos défunts, pour nous reconnecter à eux sur un autre mode.

Sandrine Chenivesse nous parle aussi de l’origine sacrée de l’écriture. Dans la mythologie chinoise, comme la parole, elle est liée au souffle divin. La dimension prophétique, symbolique et même talismanique de l’écriture, dont la première fonction est divinatoire. L’écriture elle aussi est vibration, même notre écriture latine dénuée de symbolique. Elle permet non seulement de chasser les démons, elle est avant tout « déchiffreuse du monde ». « Imprégnée de la puissance du cosmos », si proche de la parole divine qui est créatrice de toutes choses, l’écriture « nous met en prise avec l’invisible », elle nous rapproche de ce qui nous échappe.

Avec Sandrine Chenivesse, nous pénétrons un univers d’une vastitude et d'une profondeur qui sont fascinantes, sans être terrifiantes. Bien au contraire. Bien-sûr, aux détours de chacune de nos vies, les risques et les peurs ne manquent pas. Comme ceux qu’elle a vécu elle-même, au cours de l’exceptionnelle expérience de l’invisible racontée dans La Forteresse.

Elephant Oltome

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