"Si vous possédez une bibliothèque et un jardin, vous avez tout ce qu'il vous faut." Ciceron

Les racines du ciel

Synthèse & résumé À propos du livre Biographie de l'auteur

« Les racines du ciel » ont été rédigées à New York en 1956 par Romain Gary.  Premier livre qui défend l’environnement, premier appel au secours de notre biosphère menacée, premier roman « écologique »,  alors que le mot « écologie » est quasiment méconnu.  Un livre magistral !

CONTEXTE

Morel, un français, entreprend au Tchad, une campagne pour la défense des éléphants menacés par les chasseurs et une population affamée.  Morel, le « Français fou », mène ce combat envers et contre tous au risque de sa vie.  Accompagnés par des compagnons parfois totalement inattendus, Morel poursuit inlassablement sa campagne pour la protection de la nature, pour le respect de ce qu’il appelle la « marge humaine ».  Il triomphe avec une tranquille confiante, persuadé que les hommes, par amour du vivant, seront assez généreux pour accepter de s’encombrer des éléphants.

EXTRAITS   

« Il paraît que les éléphants que Morel défendait étaient entièrement symboliques et même poétiques, et que le pauvre homme rêvait d’une sorte de réserve dans l’Histoire, comparable à nos réserves africaines, où il serait interdit de chasser, et où toutes nos vieilles valeurs spirituelles, maladroites, un peu monstrueuses et tous nos vieux droits de l’homme, véritables survivants d’une époque géologique révolue, seraient préservés intacts pour la beauté du coup d’œil et pour l’édification dominicale de nos arrières petits-enfants. »

C’est par dizaines de milliers que les éléphants étaient abattus chaque année en Afrique. Morel était décidé à tout faire pour empêcher ces crimes de continuer. « Tous ceux qui ont vu ces bêtes magnifiques en marche à travers les derniers grands espaces libres du monde savent qu’il y a quelque chose qui ne doit pas être perdu. »   

« Comment pouvons-nous parler de progrès, alors que nous détruisons encore autour de nous les plus belles et les plus nobles manifestations de la vie ? Nos artistes, nos architectes, nous savants, nos penseurs suent sang et eau pour rendre la vie plus belle, et en même temps nous nous enfonçons dans nos dernières forets, la main sur la gâchette d’une arme automatique… Il faut résister contre cette dégradation de la dernière beauté de la terre et de l’idée que l’homme se fait des lieux qu’il habite. Est-ce que nous nous sommes vraiment plus capables de respecter la nature, la liberté vivante, qui n’a pas de rendement, pas d’utilité, pas d’autre objet que de se laisser entrevoir de temps en temps ? »

« … Il y a peut-être encore beaucoup d’imbéciles dans mon genre en Angleterre. Il est possible que ce qu’on appelle la civilisation consiste en un long effort pour tromper les hommes sur eux-mêmes,… Mais je veux bien admettre que nous sommes peut-être les survivants d’une époque révolue, et que le poids des réalités ignobles nous fera bientôt disparaître de la planète, un peu comme les éléphants, tenez. » (Colonel anglais).

« On ne peut pas avoir passé sa vie en Afrique sans acquérir pour les éléphants quelque chose d’assez voisin d’une très grande affection. Chaque fois que vous les rencontrez, dans la savane, en train de remuer leurs trompes et leurs grandes oreilles, un sourire irrésistible vous monte aux lèvres. Leur énormité même, leur maladresse, leur gigantisme représente une masse de liberté qui vous fait rêver. Au fond, ce sont les derniers individus. »

« Comme nous cheminions lentement, la forêt entière se mit à frémir…  Le tremblement du sol et des rochers et les appels des éléphants ont pris les proportions d’un cataclysme naturel…  Je vis  toute une partie de la forêt trembler et j’apercevais alors, serrées les unes contre les autres les grandes formes grises, les grands dos ronds que je connaissais si bien. Je pensais : bientôt, il ne restera pas de place dans le monde moderne pour un tel besoin d’espace, pour une telle maladresse royale.  Et comme chaque fois que je les apercevais, je n’ai pu m’empêcher de sourire avec soulagement comme si leur vue me rassurait sur quelques présence essentielle. Il me semblait toujours, en écoutant ce merveilleux vacarme, qu’on ne nous avait pas encore coupés définitivement de nos sources, qu’on on ne nous avait pas encore une fois pour toutes, châtrés au nom du mensonge, que nous n’étions pas encore tout à fait soumis. Et pourtant il suffisait de l’écouter, ce vieux tonnerre terrestre, il suffisait d’assister une fois à ce vivant éboulement pour comprendre que bientôt, il ne restera plus de place parmi nous pour une telle liberté. » 

« Écoutez les bien… C’est le plus beau bruit de la terre. Je ne parle pas seulement des éléphants… Auparavant, ce bruit vous arrivait seulement aux oreilles. Aujourd’hui ils arrivent jusqu’à votre cœur. Vous ne pouvez plus résister à sa beauté. Jadis, lorsqu’ils vous empêchaient de dormir, vous prenez un fusil, et tout était dit. Aujourd’hui vos fusils vous dégoûtent plus encore que ce bruit vous fait peur. Je suppose que c’est ce qu’on appelle l’âge de raison. » (Morel à un chasseur repenti)

Le propriétaire d’un entrepôt que Morel incendiera : « On coupait les jambes aux éléphants à 20 cm environ au-dessous du genou. Et de ce tronçon, à partir du pied, convenablement travaillé, vidé et tanné, on faisait soit des corbeilles à papier, soit des vases, soit des portes parapluie, soit même des seaux à champagne. C’était devenu un article très demandé, moins dans le territoire lui-même, où l’on était plutôt blasé de ce genre d’ornement, que pour l’exportation. »

Un homme relate après avoir passé un mois dans une cellule d’un camp de concentration où il était impossible de s’allonger : « J’avais envie de foncer tête baissée pour essayer de sortir à l’air libre. Eh bien, j’ai fini par avoir une idée. Quand vous n’en pouvez plus, faites comme moi : pensez à des troupeaux d’éléphants en liberté en train de courir à travers l’Afrique, des centaines et des centaines de bêtes magnifiques auxquelles rien résiste, pas un mur, pas un barbelé, qui foncent à travers les grands espaces ouverts et qui cassent tout sur leur passage, qui renversent tout tant qu’ils sont vivants, rien ne peux les arrêter. La liberté, quoi ! Et même quand ils ne sont pas vivants, peut-être qu’ils continuent à courir ailleurs, qui sait, tout aussi librement. Donc, quand vous commencez à souffrir de claustrophobie, des barbelés, du béton armé, du matérialisme intégral, imaginez-vous ça, des troupeaux d’éléphants, en pleine liberté, suivez-les du regard, accrochez-vous à eux, dans leurs courses, vous verrez, ça ira tout de suite mieux… On finissait par regarder les SS en souriant à l’idée que d’un moment à l’autre ça allait leur passer dessus, et qu’il n’en resterait rien… On sentait presque la terre trembler à l’approche de cette puissance jaillie du cœur même de nature et que rien ne pouvait arrêter. »

«  Je dus vraiment faire un effort pour me défendre – pour ne pas succomber sous cette étonnante naïveté. Il (Morel) croyait vraiment que les gens avaient encore assez de générosité, par les temps que nous vivons, pour s’occuper non seulement d’eux-mêmes, mais encore des éléphants. »

« L’islam appelle cela « les racines du ciel », pour les Indiens du Mexique, c’est « l’arbre de vie », qui les pousse les uns et les autres à tomber à genoux et à lever les yeux en frappant leur poitrine tourmentée…. Un besoin de protection auquel les obstinés comme Morel cherchent à échapper par des pétitions, des comités de lutte et des syndicats de défenses.  Ils essayent de s’arranger entre eux, de répondre à leurs besoins de justice, de liberté, d’amour, ces racines du ciel si profondément enfoncées dans leur poitrine. » (Peter Qvist)

… Et Peter Qvist réaffirmant « qu’il n’allait jamais renoncer à défendre toute la variété infinie des racines que le ciel avait plantées dans la terre et aussi dans la profondeur des âmes humaines qu’elles agrippaient comme un pressentiment, une inspiration, un besoin de justice, de dignité, de liberté et d’amour infinis. »

Le chasseur, Orsini, raconte : « Toute ma vie, j’ai crevé de peur. Peur de vivre, peur de mourir, peur des maladies, peur de devenir impuissant, peur du déclin physique inévitable… Quand ça devient intolérable toute mon angoisse, toute ma peur se concentre sur le rhino qui charge, le lion qui se lève soudain devant moi dans l’herbe, l’éléphant qui se tourne dans ma direction. Mon angoisse devient enfin quelque chose de tangible, quelque chose qu’on peut tuer. Je tire, et pendant quelques temps, je suis délivré, j’ai la paix complète, la bête a entraîné dans sa mort foudroyée toute ma terreur accumulée, pour quelques heures, j’en suis débarrassé. Au bout de six semaines, cela représente une véritable cure dont les effets durent quelques mois. » Il y avait sans doute cela chez Orsini, une violente protestation contre la petitesse et la puissance d’être un homme.  Il fallait abattre beaucoup d’éléphants et de lions pour compenser ce sentiment d’infériorité.

En conversation avec un étudiant exaspéré par la cause de Morel, Morel pense : « Ce n’est pas encore aujourd’hui que les peuples du monde allaient descendre dans la rue pour réclamer de leurs gouvernement, quel qu’il soient, le respect de la nature. Mais ce n’était pas une raison pour se décourager, il y avait toujours eu des pionniers qui laisseraient leurs os pour tenter d’aller toujours plus loin. Il fallait continuer d’essayer. Évidemment si les hommes n’étaient pas capables de se serrer un peu, s’ils manquaient à ce point de générosité, s’ils ne consentaient pas à s’encombrer des éléphants, quelque fut le but poursuivi, s’ils s’obstinaient à considérer cette marge comme un luxe, et bien, l’homme lui-même allait finir par devenir un luxe inutile. »

« Les intellectuels bourgeois réclamaient d’une société en pleine marche, en plein élan, qu’elle s’encombrât des éléphants, simplement parce qu’ils espèrent ainsi échapper eux-mêmes la destruction. Ils se savaient tous aussi anachroniques et encombrants que ces bêtes préhistoriques : c’était une simple façon de crier pitié pour eux-mêmes, de demander à être épargnés. »

« Décidément, les hommes étaient à ce point imbus d’eux-mêmes qu’ils étaient absolument incapables de comprendre que quelqu’un put en avoir assez d’eux, de leur vue, et de leur odeur, et de décider d’aller vivre parmi les éléphants parce qu’il n’y avait pas au monde de plus belle compagnie. »

« Les autorités ne tiennent pas tant que ça m’arrêter. S’ils m’arrêtaient, il faudrait me juger et ce serait du joli si la justice française se mettait à juger un homme parce qu’il défend les éléphants… À quoi ça ressemblerait ? » dit Morel

« Eh bien ! Ce gars-là (Morel), il était fou, complètement louftingue. C’est pour ça qu’il a essayé… Il était gonflé, il n’y a pas de doute. Il faut essayer nous aussi. C’est ça, le progrès. À force d’essayer, comme lui, peut-être qu’on aura à la fin des organes nécessaires, par exemple l’organe de la dignité, ou de la fraternité… Ça vaudrait vraiment la peine d’être photographié,  un organe comme ça.  C’est pour ça que je te dis de laisser un peu de pellicule… »

Laurence de Vestel Janvier 2022 ©oltome.com

« Les racines du ciel » de Romain Gary, un magnifique plaidoyer intemporel pour le sauvetage de la beauté du monde.  Morel, l’éco-terroriste des années 50, mène son combat jusqu’au bout pour sauver, les éléphants, la beauté du monde.

Oltome - Romain Gary Biographie

Romain Kacew devenu Romain Gary durant la deuxième guerre mondiale, est un célèbre romancier français d'origine russe et aussi aviateur, militaire, résistant, diplomate, romancier, scénariste et réalisateur français, de langues française et anglaise.  Il est né le 21 mai 1914 à Vilnius dans l'Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie). Il est juif par ses deux parents de nationalité russe, Arieh Leib Kacew et de Mina Owczynska, qui deviendront polonais par la suite. Arieh Leib abandonne sa famille pour en fonder une autre. Romain, 8 ans, et sa mère Mina partent s'installer en France en 1928 et arrivent à Nice. Mina rêve d'une carrière de diplomate ou d'artiste pour son fils qui commence des études de droit à Aix en Provence et qu'il poursuivra à Paris.

Il est l'unique écrivain à avoir obtenu 2 fois le prix Goncourt. En 1935, il publie sa nouvelle, "L'Orage", qui le met un temps à l'abri du besoin. En 1937, les éditeurs refusent "Le vin des morts", son premier roman. Romain Gary est appelé au front. Romain qui a étéppelé au service militaire pour servir dans l'aviation y sera incorporé en 1938. En 1940, c'est la guerre et Romain s'engage dans les Forces aériennes françaises libres. Il prend le nom de Gary (signifiant "brûle" en russe) comme résistant.

À la libération, décoré commandeur de la Légion d'honneur , il embrasse la carrière diplomatique qui le fera voyager entre Londres, la Suisse, les États-Unis et la Bulgarie. Aux Etats-Unis, il écrit "Les Racines du ciel", premier livre sur la défense de l'environnement et sur l'écologie (nom à peine connait à l'époque) et pour lequel il reçoit le Prix Goncourt en 1956. En 1960, il publie "La promesse de l'aube", un livre d’inspiration autobiographique dans lequel Romain Gary met en scène l’amour débordant de sa mère. Romain Gary décide à partir de ce moment de se consacrer essentiellement à l'écriture. Désireux de se renouveler, Romain Gary utilise de multiple pseudonymes : Fosco Sinibaldi, Shatan Bogat, Emile Amar. Il invente une écriture vive et drôle sous le pseudo d'Emile Ajar, nom avec lequel il va gagner son deux Prix Goncourt (ce qui est théoriquement interdit) avec "La Vie devant soi" en 1975. Après la mort de Romain Gary, on apprit que, sous le pseudonyme d'Émile Ajar, il était également l'auteur de quatre romans dont la paternité avait été attribuée à son neveu Paul Pavlovitch, lequel avait assuré le rôle d'Ajar auprès de la presse et de l'opinion publique. Romain Gary révèlera la supercherie dans une oeuvre posthume "Vie et mort d'Emile Amar" en 1981.

Romain Gary avait épousé en 1963 la très belle actrice américaine Jean Seberg. Ils auront un fils. Romain et Jean tournent deux films ensemble dans lesquelles Jean est l'actrice principale. Ils divorcent en 1970 et restent assez proches. Jean Seberg se suicide en 1979 et Romain Gary, qui disait avoir fait un pacte pour ne jamais vieillir, se suicide par balle le 2 décembre 1980 à Paris, laissant une lettre mystérieuse avec l'inscription "Jour J". Il disparaît à l'âge de 66 ans, passé à la postérité. Ses oeuvres sont traduites dans les langues du monde entier.

Plusieurs de ses livres ont été adaptés au cinéma : Les racines du ciel (1958), réalisé par John Huston avec Errol Flynn, Juliette Gréco, Trevor Howard, ( Clair de femme (1979) par Costa-Gavras, avec Romy Schneider et Yves Montand, La Vie devant soi (1977) par Moshé Mizrahi, qui remporta l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, et dans le rôle de Madame Rosa, Simone Signoret remporta le César de la meilleure actrice, Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable ((1981) de George Kaczender avec Richard Harris et George Peppard, Les Cerfs-volants (2007) de Jérôme Cornuau ...

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